Editorial

Des socialistes français épuisés par le pouvoir

Le candidat socialiste Benoît Hamon tiendra dimanche un grand meeting parisien à Bercy. En mettant l’Etat au centre de tout, l’apparatchik du PS devenu frondeur fait toutefois fausse route

En politique, une phrase suffit pour remonter le temps. Lorsque Benoît Hamon s’en est pris, lors de la présentation de son programme jeudi, aux «forces de l’argent» dans la présidentielle française, l’écho de 2012 s’est de nouveau fait entendre.

Ainsi donc, après cinq années d’exercice du pouvoir et alors que la liste des candidats en lice pour l’Elysée sera finalisée ce samedi, les socialistes français ressuscitent l’appel du Bourget de François Hollande. L’actuel président avait, on s’en souvient, désigné alors le «monde de la finance» comme son «véritable adversaire». Une formule que les responsabilités gouvernementales, et les réalités économiques et fiscales, l’avaient ensuite rapidement obligé à rengainer.

Le reste du programme Hamon, que l’intéressé compte marteler ce dimanche lors de son grand meeting parisien de Bercy, démontre combien le pouvoir a épuisé les socialistes français. Aucune ou presque des propositions présidentielles du vainqueur de la primaire du PS n’est applicable en l’état sans creuser encore plus les déficits et les dépenses publiques.

Aussi lucides soient-elles, ses analyses sur l’impasse énergétique et consumériste dans laquelle se trouvent nos sociétés sont assurées de buter sur les réalités nationales ou européennes, qui ne changeront pas d’ici au 7 mai. Le socialisme de Benoît Hamon, alternatif et écologique, est porteur d’un sain débat. Mais en mettant l’Etat au centre de tout, et en rêvant que les entreprises et les banques s’inclineront devant cette vision, le candidat PS, apparatchik d’un parti en déshérence, fait malheureusement fausse route.

La réalité est que l’exercice du pouvoir a épuisé les socialistes français. Ce quinquennat non seulement les a divisés – au point que beaucoup d’élus et d’anciens ministres regardent aujourd’hui du côté d’Emmanuel Macron –, mais il a aussi figé le débat à gauche. Les «frondeurs» quinquagénaires ont mené une guerre de tranchées. Les Verts ont implosé. La gauche radicale défendue par Jean-Luc Mélenchon s’est bunkérisée dans son rêve révolutionnaire.

Cette voie-là, sauf énorme surprise, ne peut que conduire à une défaite annoncée. Car elle ignore une nouvelle donne. Pour porter des idées neuves – et Benoît Hamon en défend plusieurs fort intéressantes sur la robotisation de l’économie ou la protection des biens communs –, les électeurs font de moins en moins confiance aux partis et aux appareils. Tandis que les jeunes générations, elles, sont beaucoup plus libérales dans l’âme et ne raisonnent plus à partir de l’Etat.

Aux Pays-Bas, l’émergence du nouveau leader écologiste de gauche Jesse Klaver, 30 ans, lors des récentes législatives illustre cette brèche. Plutôt que de repeindre en vert leurs vieux discours anti-finance et étatistes, les socialistes français feraient bien de s’en inspirer.


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