L'époque où le «dream team» du Parti socialiste suisse, constitué de la paire Peter Bodenmann-André Daguet, faisait merveille dans le paysage politique est révolue. Le tandem qui lui a succédé, composé des deux Zurichoises Ursula Koch et Barbara Haering Binder, n'a jamais fonctionné. Les deux femmes ne s'apprécient guère. On en a eu la confirmation samedi à Berne: au moment où le comité central du parti a pris congé de Barbara Haering Binder, qui renonce après seulement quelques mois d'activité comme secrétaire générale, elles se sont échangé une poignée de main particulièrement glaciale.

Il ne s'agit que d'un détail, mais il en dit long sur le climat actuel qui règne au PSS. Alors que Peter Bodenmann et son fidèle second André Daguet avaient réussi à ressouder le parti, à l'entraîner sur des terrains nouveaux, loin des ancestrales thèses de la lutte des classes, voilà que, sous Ursula Koch, le PSS replonge dans les revendications classiques des décennies passées. Deux grandes banques fusionnent et Martin Ebner réussit un tour de passe-passe fiscal? Ursula Koch réclame des impôts, des impôts et encore des impôts. A sa place, Peter Bodenmann aurait sans doute surpris ses adversaires politiques par des trouvailles plus originales.

Cela dit, Ursula Koch a des circonstances atténuantes. Elle ne siège pas au parlement et sa charge de conseillère municipale à Zurich l'a jusqu'à maintenant empêchée de flairer comme elle le devrait l'air de la salle des pas-perdus du Palais fédéral, cette brise si particulière que Peter Bodenmann, au grand dam de ses adversaires, a souvent transformée en tempête.

Il faut ajouter qu'elle a hérité d'un problème financier embarrassant, puisque les deux initiatives lancées à la veille des élections fédérales de 1995 ont laissé un découvert de 300 000 francs dans les caisses du parti. La faute en incombe certes à Barbara Haering Binder, mais également à Peter Bodenmann et au comité directeur, qui ont laissé tomber ces deux initiatives comme de vieilles chaussettes avant d'accepter de les raviver à grands frais.

Aujourd'hui, le parti a devant lui une tâche immense. Alors qu'il devrait faire fructifier le capital de ses récents succès électoraux et jouer un rôle de premier plan dans la créativité politique, il laisse la place à d'autres: c'est le PDC, par exemple, qui monopolise le débat sur l'intégration européenne. En outre, le PSS réussit l'exploit de donner l'image d'un parti miné par ses querelles intestines. Ainsi, le courant ne passe pas toujours bien entre les parlementaires et Ursula Koch. Jean-François Steiert, le nouveau secrétaire général, parviendra-t-il à le rétablir? Son indéniable flair politique devrait lui permettre de resserrer les rangs. Mais tout dépendra de la manière dont Ursula Koch, désormais libérée de son mandat à l'exécutif zurichois, concevra son rôle et laissera s'exprimer ceux qui ont l'imagination qui lui fait peut-être défaut.

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