éditorial

La soif démocratique des jeunes Iraniens

L’incroyable paradoxe. A priori, l’élection présidentielle iranienne n’offre que l’illusion du changement

L’incroyable paradoxe. A priori, l’élection présidentielle iranienne n’offre que l’illusion du changement. Depuis la révolution khomeinyste de 1979, tous les présidents sortants ont été réélus. Le Conseil des gardiens s’assure de choisir des candidats compatibles avec le régime semi-théocratique de la République islamique. De plus, la manière dont est exercée la fonction présidentielle importe davantage que ses attributs.

Malgré ces contingences, les Iraniens font preuve d’une extraordinaire vivacité démocratique. Prête à saisir la moindre parcelle de liberté pour exprimer son désir d’avenir et de démocratie, la jeunesse iranienne s’est laissé emporter par la «vague verte» de l’espoir, créant des chaînes humaines du nord au sud de Téhéran, débattant des enjeux électoraux sur les forums de discussion d’Internet. Elle est prête à tout pour éviter la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, dont le style, la rhétorique belliqueuse et la pratique répressive en matière de mœurs indisposent. Quitte à jeter son dévolu sur un candidat, Mir Hossein Moussavi, qui est loin d’incarner les réformes et le changement auxquels les jeunes – 60% de la population iranienne – aspirent. Bien que symbolique, le premier succès de ceux qui veulent une ère nouvelle sera sans doute la participation, qu’on annonce massive. La mobilisation des Iraniens mettra sous une pression croissante un régime de plus en plus déconnecté d’une population en demande d’ouverture, même si ses effets à court terme ne seront pas manifestes.

Au plan international, la présidentielle iranienne ne changera pas fondamentalement la donne. D’autant que les compétences de politique étrangère sont réservées au guide suprême, Ali Khamenei. Que ce soit sous Rafsandjani, Khatami, Ahmadinejad ou sous un autre futur président, la doctrine iranienne de sécurité nationale est restée et restera le fruit du consensus entre les factions du régime. Sans armée conventionnelle digne de ce nom, sans alliés régionaux solides hormis la Syrie, Téhéran mise avant tout sur une stratégie sécuritaire asymétrique axée sur l’usage de missiles, bientôt peut-être sur l’arme nucléaire, ou le recours à des agents étrangers du type Hamas ou Hezbollah. Une stratégie essentiellement défensive. D’où la nécessité pour l’Amérique de proposer à l’Iran «un grand marchandage».

Publicité