Beaucoup le redoutaient, et c’est ce qui s’est produit. Le 28 novembre 2021, l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI) a remporté une belle victoire politique: le peuple avait approuvé son initiative à une majorité impressionnante de 61%. C’était l’aboutissement d’une longue bataille qui a duré une bonne décennie.

Mais un an plus tard, tout reste à faire sur le plan des conditions de travail, qui ne se sont guère améliorées. En Valais, à Bienne ou à Wetzikon (ZH), le corps infirmier a certes reçu une légère augmentation de salaire. Le malaise demeure pourtant. Car le salaire n’est pas, et n’a jamais été, la principale revendication de l’ASI. Celle-ci exige surtout une meilleure dotation des effectifs dans les unités de soins. Et sur ce plan, rien n’a bougé.

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Le personnel infirmier affronte deux défis majeurs. Le premier réside dans la revalorisation de la portée humaniste de sa profession. Au XIXe siècle, celle-ci s’est affranchie du domaine religieux – «ni nonne ni bénévole» – pour être reconnue par le monde médical. Et aujourd’hui, elle échappe de plus en plus au médical sous la logique managériale dictée par un système de santé qui veut monétiser chaque acte. Or, prendre la main d’un ou d’une patiente qui souffre n’est pas rémunéré. Comme les médecins, les infirmières et infirmiers s’épuisent dans un travail administratif toujours plus lourd. Bref, ils ne consacrent guère plus d’un tiers de leur temps à prodiguer des soins, et c’est cette perte de sens qui leur fait quitter le métier.

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Deuxième défi: un contexte conjoncturel défavorable. En cette fin d’année 2022, les hôpitaux, dans leur grande majorité, sont confrontés à de gros problèmes financiers. Ils subissent tous la pression des assureurs sur leurs tarifs, notamment dans l’assurance complémentaire. Or, ils doivent déjà amortir le choc de la hausse massive des prix de l’énergie, eux qui sont traditionnellement de gros consommateurs de courant.

La bonne nouvelle, c’est que cette profession reste attrayante. Que ce soit aux SwissSkills à Berne ou au Salon des métiers et de la formation à Lausanne, les jeunes sont toujours très nombreux à s’y intéresser et à vouloir l’embrasser. Il appartient désormais au monde politique de respecter la volonté du peuple et de donner les moyens nécessaires pour qu’enfin cette profession soit vue de manière positive. Car elle jouera un rôle toujours plus central dans le système de santé.


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