Le soleil est pris d’assaut. Depuis l’introduction de la rétribution à prix coûtant (RPC) du courant vert injecté dans le réseau, l’an dernier, les demandes déposées auprès de la Confédération pour des installations photovoltaïques atteignent des sommets.

Sur la manne de 320 millions à disposition (ponctionnée au­près du consommateur à hauteur de 0,45 ct supplémentaire par kWh en 2009), 17 millions seulement sont dévolus au solaire. Résultat: le quota confé­déral est épuisé en un éclair. 2800 dossiers sur 4000 seraient en rade.

Cette réalité était tellement prévisible que Swissolar, l’association suisse des professionnels de l’énergie solaire, est un peu dépitée. La Suisse se trompe de modèle, avait-elle déjà prévenu à l’aube de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’énergie.

Aide publique

Plusieurs pays voisins ont échoué en voulant imposer des plafonds pour l’aide au solaire. Et David Stickelberger, directeur de Swissolar, de revendiquer l’annulation de ces plafonds. «Il faut analyser tous les projets.» Relais parlementaire de ce combat, le conseiller national ­libéral-radical fribourgeois Jacques Bourgeois a déposé une ­initiative allant dans ce sens. Le texte a été accepté par les commissions jumelles sur l’énergie des deux Chambres. L’idée d’un déplafonnement fait donc son chemin.

L’objectif ultime, fixé par le Conseil fédéral, de couvrir 5% des besoins en électricité par les nouvelles énergies renouvelables d’ici à 2030 pourra se faire au seul prix d’une aide étatique non plafonnée, juge Swissolar. Cela semble d’autant plus vrai pour le solaire. Ce sont en effet les coûts de production élevés (environ 65 ct/kWh) de l’énergie photovoltaïque qui ont justifié l’étroitesse de l’aide fédérale dans le système RPC. Or, «on ne peut pas faire de la recherche et faire baisser les prix sans avoir un marché bien installé», rappelle-t-on chez Swissolar.

Parité des prix annoncée

Les grandes entreprises électriques n’en pensent pas moins: «Les politiques ont choisi de soutenir le solaire en tenant compte de la technologie actuelle. Mais ils ont sous-estimé le fait qu’il fallait pouvoir, en parallèle, faire de la recherche et du dévelop­pement. Je peux concevoir que politiquement, c’est moins porteur», assène de son côté Martin Pfisterer.

«A ces conditions, les prix baisseront bel et bien. Ils baissent déjà», assure David Stickelberger. Une baisse de 20% a été constatée dans le prix des ins­tallations photovoltaïques ces dernières années sur le marché européen. «Sans que cela n’implique des surcoûts exorbitants pour le consommateur…» En ­Allemagne, «cette promotion du solaire coûte 1,5 centime par mois par famille.»

Des prévisions européennes annoncent la parité du prix entre énergie solaire et énergie conventionnelle d’ici à 2012 dans le Sud de l’Europe, 2018 en Allemagne et 2025 en Suisse.

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