Nous avons fait de Phébus une menace. L’urgence est aujourd’hui de reconnaître le soleil comme notre meilleur ami. Le seul qui peut nous sortir du pétrin dans lequel notre modèle de développement nous a mis.

Au nord de l’Inde et au Pakistan, les températures ont dépassé les moyennes saisonnières de 6 à 9 degrés. Au sud du Pakistan, elles ont dépassé les 50 degrés. Le débit de l’Indus, qui fournit 90% de l’alimentation en eau du pays a été réduit de 65%. Précision sordide, la chaleur et le taux d’humidité ont dépassé le seuil limite de survie de l’humain lorsqu’il se trouve à l’extérieur.

Du côté de l’Inde, dans la province du Rajasthan, le thermomètre est monté à 48°. La sécheresse menace les récoltes. Du coup, l’Inde qui dans un premier temps avait annoncé vouloir augmenter ses exportations de blé pour compenser la perte d’une partie de la prochaine récolte de blé ukrainienne, a fait marche arrière et interdit les exportations de blé.

Les conséquences de l’invasion russe

Résultat, les cours flambent; certains pays d’Afrique, qui importent des quantités gigantesques de blé, sont menacés d’une crise alimentaire dramatique. L’augmentation du prix des céréales risque en outre de conduire à une déstabilisation politique générale en Afrique, comparable au Printemps arabe, provoqué par une augmentation brutale des prix des grains. On peut affirmer, sans sombrer dans un pessimisme exagéré, que les conséquences de l’agression russe contre l’Ukraine nous donnent un aperçu effroyable de ce que l’humanité aura à endurer si elle s’avère incapable de réduire rapidement ses émissions de CO2. Dans de nombreux pays, la sécheresse menace les récoltes, année après année. En 2021, même le Canada, peu réputé pour ses pics de chaleur, avait connu une mauvaise récolte.

Les conséquences de l’invasion russe sur le prix des énergies fossiles constituent également une anticipation éclairante. Le cours du baril a dépassé les 120 dollars et n’est pas près de baisser. Les pays producteurs savent bien que la demande baissera à long terme. Ils ont donc tout avantage à limiter spontanément l’offre pour conserver des cours élevés et des revenus le plus longtemps possible. Ces hausses, elles aussi, auront un effet particulièrement dévastateur sur l’hémisphère Sud, confronté au réchauffement climatique. L’augmentation des températures a pour conséquence une augmentation massive de la consommation d’énergie utilisée pour la climatisation.

Notre principal allié

Le modèle de développement qui a été le nôtre depuis deux siècles a fini par faire du soleil, notre meilleur ami, une menace. C’est d’autant plus paradoxal que le soleil est notre principal allié pour sortir de l’épouvantable pétrin dans laquelle notre espèce s’est mise.

Lorsque Poutine affirme péremptoirement que l’Europe ne peut pas vivre sans les hydrocarbures russes, il a tort et raison à la fois. En fait, l’Europe peut se passer rapidement du pétrole russe, même si cela a un coût. Pour le gaz, on estime qu’elle est capable de remplacer les deux tiers du gaz russe. La question est donc aujourd’hui de savoir si l’Occident, confronté à une perception plus immédiate et concrète des conséquences de sa dépendance aux énergies fossiles, est capable de voir plus loin que le bout de son nez et d’accélérer le développement du solaire.

Pour notre pays, jusqu’ici un cancre en la matière, on voit poindre une petite lueur d’espoir. La proportion de véhicules rechargeables ou hybrides augmente enfin et le nombre d’installations photovoltaïques explose au point que les entreprises peinent à répondre à la demande. Si cela nous confirme, nous pourrons alors fredonner Sous le soleil exactement, la célèbre chanson de Gainsbourg (1967), sans craindre le pire.

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