Chronique

Quand le soleil rouge se lève sur la Suisse…

La visite d’Etat du président chinois Xi Jinping en Suisse à l’occasion de sa venue au Forum de Davos est un succès pour la diplomatie suisse. Elle met en valeur la coopération entre les deux pays, souligne notre chroniqueur François Nordmann

Quelle semaine! Le monde est en train de vivre un basculement géostratégique, et c’est le moment exact où le président chinois, Xi Jinping, se rend en Suisse. Accueilli par le Conseil fédéral au cours d’une classique visite d’Etat, il a en outre prononcé deux grands discours, le premier sur la «mondialisation économique» au Forum de Davos, le second sur le multilatéralisme au Palais des Nations à Genève.

Xi Jinping est connu pour choisir soigneusement ses destinations, qui sont autant de symboles. Au cours de son premier déplacement en Europe (France, Pays-Bas, Allemagne et Belgique) en 2014 il est allé notamment à Lyon, où il s’est intéressé à une entreprise de biochimie, Bruges, pour parler au Collège d’Europe et souligner ainsi son intérêt pour la construction européenne, et Duisbourg, premier terminal de la liaison ferroviaire transcontinentale qui relie la Chine à l’Europe occidentale.

Egalité souveraine

Xi Jinping aurait pu se contenter de gagner Davos directement, comme le font la plupart des chefs d’Etat ou de gouvernement, et rencontrer la présidente de la Confédération dans l’un des hôtels de la station. Le fait est qu’il s’est plié aux contraintes formelles d’une visite d’Etat à Berne, mettant en valeur la coopération entre les deux pays et le principe d’égalité souveraine des Etats que défend Pékin.

On a beaucoup parlé du discours paradoxal de Davos, plaidoyer pour le libre-échange et la mondialisation, «qui n’est pas responsable des maux dont on l’accable». A la fin de son discours, M. Xi a précisé qu’il s’exprimait bien en tant que secrétaire général du Parti communiste chinois… A Genève, Xi Jinping a repris les positions favorables à l’ONU qu’il avait développées à l’Assemblée Générale en 2015, lors du 70è anniversaire de l’organisation. Il a particulièrement mis en évidence le rôle des institutions spécialisées et de la Genève internationale, un appui bienvenu et remarquable.

Le droit de manifester a été garanti aux Tibétains

Il est de bon ton de tirer à boulets rouges sur le Conseil fédéral pour avoir pris des mesures de sécurité excessives pendant la visite et pour avoir insuffisamment abordé la question des droits de l’homme. Même le service public s’y est mis, mais c’est un mauvais procès. Xi Jinping est sans doute l’un des dirigeants les plus menacés de la planète, et il fallait non seulement éviter le moindre incident, mais encore satisfaire aux exigences parfois exorbitantes des services chinois, qui en auraient voulu davantage!

Le droit de manifester a été garanti aux Tibétains, dans d’étroites limites, mais on n’invite pas un dignitaire étranger pour l’insulter. La question des droits de l’homme est venue sur le tapis à son heure, la Chine est membre du Conseil des droits de l’homme, ce qui lui donne plus de responsabilités dans ce domaine même si la situation des libertés, des prisons et de l’état de droit reste inacceptable.

Un succès de la diplomatie suisse

Tout bien considéré, la visite d’Etat est un succès de la diplomatie suisse. En revanche, la brève présence de la Première ministre britannique, Theresa May, à Davos n’a pas pu être mise à profit pour une rencontre à haut niveau. Dommage! Certains commentateurs rêvent de voir la Suisse imiter la position britannique face à l’Union européenne – «où est notre Thérèse Leuthard et notre Didier May?» demandait l’un d’eux. Des contacts ont été pris pour un rendez-vous ultérieur, qui sera d’autant plus intéressant que Mme May sera revenue de son entrevue à Washington avec le président Trump.

La présidente Leuthard – la vraie! – pense que le Brexit peut s’avérer une chance pour l’Europe s’il force l’UE à se réformer. Dans la presse dominicale, M. Wolfgang Schäuble, ministre allemand des finances, lui répond au contraire que les Britanniques auraient tout à gagner de s’inspirer du modèle suisse «pour concilier intelligemment souveraineté nationale et coopération étroite avec l’Union européenne». C’est peut-être ce message que la présidente de la Confédération devrait emporter lors de sa visite à Londres…

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