Editorial

La solitude de l’Amérique face aux djihadistes

Barack Obama pensait avoir tiré un trait définitif sur la guerre en Irak après avoir ordonné le retrait des troupes américaines en 2011. L’avancée spectaculaire des djihadistes de l’Etat islamique vers le Kurdistan l’a contraint à lancer des frappes aériennes pour éviter un désastre humanitaire, voire un possible génocide.

Le président démocrate a sans doute cru un peu vite, avec le soutien d’une opinion publique fatiguée par une décennie de guerres, qu’il suffisait à l’Amérique de tourner le dos à un problème non résolu pour s’assurer qu’elle allait pouvoir consacrer ses ressources à d’autres causes. Les républicains l’accusent d’avoir agi trop tard face à un Etat islamique qui étend ses tentacules de la Syrie à l’Irak en passant par le Liban. Ils sont persuadés que les problèmes actuels découlent de la décision de la Maison-Blanche de se retirer d’Irak, faute d’accord avec Bagdad.

Ce qui peut apparaître comme de l’attentisme de sa part est en réalité une prise de conscience de ce qu’implique une intervention militaire. Perverti par une guerre idéologique sans stratégie qui explique en grande partie le chaos irakien actuel, l’usage de la force devient pour Barack Obama plus difficile à manier. A ceux qui l’exhortaient à bombarder l’Etat islamique voici quelques mois, le président démocrate a rétorqué que les forces américaines ne disposaient pas des informations nécessaires à une intervention efficace. A ceux qui croient qu’une nouvelle guerre mettra fin aux actes nihilistes des djihadistes, il répond que seule une solution politique et diplomatique permettra de sortir les Irakiens du cauchemar. Mais au vu des enjeux sécuritaires et humanitaires, le risque d’engrenage, pour les Etats-Unis, est réel.

Si les Américains portent une lourde part de responsabilité dans le délitement de l’Irak, ils ne doivent pas être les seuls à tenter d’éteindre l’incendie djihadiste. Une implantation durable de l’Etat islamique dans la région anéantirait l’espoir de voir un jour un Moyen-Orient apaisé. Russes, Chinois et Européens devraient aussi se sentir concernés.