La vie à 25 ans

Le sommeil, ce n’est pas pour les faibles

OPINION. La recette du succès? Se lever à 4h du matin, nous assure-t-on, «success stories» à l’appui. Au point de diaboliser la grasse matinée. Un non-sens pour notre chroniqueuse

Janvier est une plaie. Les sapins sont en pièces, la météo chagrine et le monde n’a qu’une question à la bouche: alors, tes bonnes résolutions? Comme si, angoissés devant cette année entière à traverser, il fallait se fixer des objectifs rassurants, remâchés: économiser, tenir un journal, devenir végane… ou lève-tôt.

L’autre jour, une vidéo est apparue sur mon fil Facebook dans laquelle l’acteur et entrepreneur américain Mark Wahlberg décrit sa journée type. Accrochez-vous: tout commence par un réveil à… 2h30 du matin. Un quart d’heure de prière puis petit-déj et à 3h40, musculation. Vient ensuite l’entraînement de golf suivi d’une session de cryothérapie. A ce stade, il n’est que 9h30.

Heure à laquelle j’émerge à peine de ma léthargie. L’amoureuse des grasses matinées que je suis, incapable de prononcer une phrase cohérente avant qu’il ne fasse jour, doit-elle y voir un message subliminal?

Laissez-moi émettre un léger doute quant aux conseils «bien-être» d’une star qui vend ses propres milk-shakes protéinés. Mais force est de constater que, depuis quelques années, le réveil avant l’aube a la cote. Pléthore de livres et articles en ligne assurent qu’avancer son alarme serait la recette du succès. La preuve par l’exemple: Tim Cook serait opérationnel à 3h45 et Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue, sur le court de tennis à 5h45. Ne dit-on pas que l’avenir – et les milliards – appartient à ceux qui se lèvent tôt?

Un mot clé: productivité. Car pendant ces heures bleues, personne ne vous bombarde d’e-mails, vous permettant d’abattre vos tâches plus efficacement. Mais ce décalage implique aussi, fatalement, de se coucher avec les poules – 19h30, pour Mark – en éteignant prématurément son smartphone pour éviter de scroller dans son lit à l’infini.

Au fond, j’adhère à cette désintoxication. Ce qui me plaît moins, par contre, c’est le sleep shaming inhérent à toutes ces théories: aux yeux de notre société hyperactive, se lever à 10h30 un dimanche est devenu synonyme de paresse ultime.

«Suis-je une flemme?»

Or, les études l’ont prouvé: nous n’avons pas tous le même «chronotype»: certains organismes sont plus performants de bonne heure que d’autres. De mon côté, j’ai les idées bien plus claires en soirée. Suis-je une flemme ou dois-je blâmer mon horloge interne? Peu importe, finalement. Le sommeil n’est-il pas, par définition, personnel?

En 2019, ma résolution sera donc de déculpabiliser. Oui, à 25 ans, je dors encore comme une ado. Et je ne suis pas près de snober les bras de Morphée.


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