éditorial

Nous sommes tous Hongkongais

ÉDITORIAL. Les manifestants de Hongkong ne sont pas dupes de la confrontation idéologique entre deux systèmes: l’un démocratique, l’autre autoritaire. Ils ne sont pas près de renoncer à leur liberté

Neuf semaines de manifestations de masse. Une grève qui paralyse la mégapole de 7,4 millions d’habitants. Dans une ère où les démocraties libérales sont attaquées aussi bien de l’extérieur par des pouvoirs autoritaires que de l’intérieur par des Trump, Orban, voire Johnson, ce qui se passe à Hongkong nous concerne tous.

Les millions de jeunes auxquels se sont joints des fonctionnaires ne sont pas dupes des intentions de Pékin. A travers sa loi d’extradition de criminels vers la Chine, le pouvoir chinois a cherché à fragiliser le statut d’autonomie de cette région administrative spéciale censé durer jusqu’en 2047. Face aux protestataires, il a reporté l’adoption de la loi, mais ne l’a pas retirée.

Abreuvés d’internet, très informés, les jeunes Hongkongais voient dans leur bras de fer avec les autorités de Hongkong et de Pékin la mère des batailles. Les tenants de la démocratie en Occident avaient salué en 2011 l’avènement d’un Printemps arabe. A l’exception de la Tunisie, ils ont vite déchanté. Là, l’enjeu va bien au-delà de Hongkong. Comme le souligne l’artiste chinois exilé Ai Weiwei, le soulèvement a valeur de test planétaire.

Dans l’immédiat, l’élan révolutionnaire qui anime les jeunes Hongkongais a pour objet la loi d’extradition et l’attitude de la très contestée cheffe de l’exécutif de la ville, Carrie Lam. Mais il nourrit une vision de long terme: le maintien des libertés et des droits fondamentaux auxquels ils ne sont pas près de renoncer.

Leur récente radicalisation, synonyme de chaos, pourrait néanmoins être le prétexte rêvé par Pékin pour réprimer le mouvement au nom de l’ordre, ne pas perdre la face et couper court à tout risque de contagion. Mais une intervention de l’armée chinoise, qui dispose de plusieurs milliers d’hommes au cœur de Hongkong, comporte elle aussi de sérieux risques. Elle pourrait mettre à terre cette capitale financière mondiale. Un écrasement de type Tiananmen écornerait fortement l’image d’une Chine qui veut garder les oripeaux d’un pouvoir soucieux du peuple. Il ternirait fortement le 70e anniversaire de la création de la République populaire de Chine le 1er octobre prochain. Xi Jinping ne s’y attendait peut-être pas. La première crise qui le met vraiment à l’épreuve n’est pas internationale. Elle est interne.

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