C’était l’image du jour en ce mercredi 9 mars 2022: sur la place Fédérale, où la SSR avait installé un studio mobile et la Chaîne du Bonheur une tirelire géante, un petit garçon vêtu de bleu et de jaune se dresse sur la pointe des pieds pour y glisser un billet. Les Suissesses et les Suisses témoignent de leur solidarité envers l’Ukraine, comme toujours envers les peuples en détresse. Ils confirment ainsi les propos du président de la Confédération, Ignazio Cassis, confiés ce jour au Temps: «Par leur solidarité, les Suisses expriment leur gratitude d’avoir été épargnés par les deux guerres mondiales.»

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En face de cette place, le parlement siège et la politique ronronne. Bien sûr, la guerre en Ukraine s’est invitée dans le débat sur le rapport de la politique de sécurité 2021, et elle hante désormais tous les esprits des élus. Mais on peine à discerner chez eux la prise de conscience des incidences majeures qu’elle aura sur un dossier clé: celui des relations entre la Suisse et l’UE.

N’en déplaise aux Christoph Blocher, Roger Köppel et aux nationalistes de tous poils. Eux qui rêvent à longueur de discours de l’effondrement de l’UE doivent aujourd’hui prendre note de son spectaculaire sursaut. Après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, l’UE avait certes pris des sanctions – largement indolores – mais elle n’avait pas pu cacher les criantes divergences de sensibilités envers la Russie en son sein. Huit ans plus tard, l’UE s’est ressaisie. Unie, forte et attrayante, elle s’affirme enfin en ce qu’elle devrait toujours être avec ses 450 millions d’habitants: une grande puissance géopolitique.

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Et la Suisse dans tout cela? Après quelques hésitations que l’on peut critiquer, le Conseil fédéral a fini par se rallier aux sanctions de l’UE envers la Russie. C’est le principal. Mais le dossier de l’avenir de la voie bilatérale avec l’UE reste complètement bloqué.

La guerre en Ukraine rappelle quelques évidences. La Suisse et l’UE partagent une communauté de destin et les mêmes valeurs: la démocratie, l’Etat de droit, la protection des droits humains et le respect des diversités culturelles notamment. Ce qui les rassemble est cent fois plus fort que ce qui les divise. A l’heure où l’Europe vit dans les larmes et le sang l’une de ses pires tragédies, la dispute sur la reprise ou non de la directive sur la citoyenneté européenne dans un accord-cadre institutionnel apparaît ridiculement dérisoire.

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En cette journée de solidarité, c’est sur ce constat rassurant que pourrait débuter un nouveau débat sur notre relation avec Bruxelles en balayant l’euroscepticisme ambiant. Oui, nous sommes toutes et tous des Européens épris de paix et de respect mutuel!