Incidences

Le sommet américano-suisse de Davos

Pour Berne, à l’occasion du déplacement de Trump à Davos, l’objectif sera d’établir un rapport personnel qui permettra par la suite à Alain Berset de téléphoner au président des Etats-Unis si la nécessité s’en fait sentir, écrit notre chroniqueur François Nordmann

Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann s’est rendu l’été dernier aux Etats-Unis. Il a été reçu à la Maison-Blanche par un conseiller du président Trump. En l’occurrence il s’agissait d’Ivanka Trump, la fille du président, avec laquelle il a eu un dialogue fructueux sur l’apprentissage. On peut se demander s’il vaut la peine pour un membre du Conseil fédéral de se rendre au siège de l’exécutif américain sans rencontrer ni le président ni même le vice-président des Etats-Unis. Peu importe, à l’issue de la réunion, le chef du Département fédéral de l’économie était heureux: «Elle m’a promis de venir l’an prochain au Forum de Davos!» a-t-il annoncé. Elle a donc fait mieux que de tenir sa promesse puisque le président Trump en personne l’accompagnera dans la station grisonne.

Il viendra y tenir un discours sur lequel personne ne se fait d’illusions, à l’aune de celui qui a marqué son investiture il y a un an, ou de ses propos iconoclastes à la tribune des Nations unies en septembre dernier ou encore de son plaidoyer pro domo à Da Nang au Vietnam il y a trois mois, devant les hommes d’affaires et dirigeants de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique). Il s’y prononce pour des échanges équilibrés et réciproques et se plaint du fait que les partenaires des Etats-Unis ne respectent pas leurs engagements, notamment au sein de l’OMC: il est déterminé à ne plus l’accepter – et il est loin d’être le seul à le penser. Emmanuel Macron n’a pas dit autre chose lors de son récent voyage en Chine, sur un autre ton il est vrai. Sur la défense du droit de la propriété industrielle, les positions de la Suisse et des Etats-Unis sont identiques.

Etablir une relation de travail

Il est frappant de voir l’hystérie qui semble avoir saisi le monde politique suisse à la perspective d’une entrevue entre le président de la Confédération et Donald Trump. Service minimum, purement protocolaire, disent les uns; le défier sur le terrain du multilatéralisme et des droits de l’homme, disent les autres. Chacun y va de ses conseils plus ou moins prescriptifs.

De par sa position neutre et sa tradition diplomatique, la Suisse a été utile par le passé aux Etats-Unis à Cuba, et l’est encore en Iran

Des députés honorables nous disent: il est fou, mais il faut quand même lui parler. Lui expliquer nos craintes face à ses réformes fiscales, ou évoquer les timides efforts en vue d’un accord de libre-échange. En fait, les choses se passeront à un niveau plus élevé. Il s’agira d’un bref entretien de courtoisie entre chefs d’Etat. L’objectif est d’établir une relation de travail, un rapport personnel qui permettra par la suite à Alain Berset de téléphoner au président des Etats-Unis si la nécessité s’en fait sentir.

Les points communs

Il y aura tout d’abord la forte poignée de main légendaire, l’échange de regards puis une présentation: il n’est pas sûr que l’hôte de Davos soit familier de l’histoire de la relation entre les deux républiques. Elles sont devenues sœurs au XIXe siècle, démocraties isolées au sein d’une société internationale presque entièrement régie par des monarchies. L’opinion publique suisse s’est passionnée pour la guerre de Sécession, célébrant la victoire du Nord contre le Sud. Aujourd’hui, les points communs que l’on peut mettre en évidence sont principalement l’attachement des deux pays à leur indépendance et la mobilisation tous azimuts pour la défense de leurs intérêts respectifs, de même que l’importance accordée à l’Etat de droit.

Pour aborder la question du multilatéral, il convient de rappeler que la Suisse comme les Etats-Unis sont les hôtes des organisations du système des Nations unies: à ce titre, nous avons en commun la préoccupation d’assurer leur fonctionnement et leur réforme pour plus d’efficacité. Il en va de même pour l’OMC. Enfin, de par sa position neutre et sa tradition diplomatique, la Suisse a été utile par le passé aux Etats-Unis à Cuba, comme elle l’est encore en Iran, et elle occupe une place toute particulière dans la péninsule coréenne du fait de sa participation à l’organe de surveillance de l’armistice: à côté de la défense de nos intérêts, nous menons une diplomatie de service qui est à la disposition du président Trump s’il en éprouve le besoin.


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