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Emmanuel Macron se trompe dans sa conviction que, derrière les affrontements, l’adhésion commune à «l’aventure unique de l’Union» et à la «solidarité responsable» qui en découle est toujours au rendez-vous.
© LUDOVIC MARIN / AFP PHOTO

Editorial

Au sommet européen, le poison des illusions

EDITORIAL. La construction européenne a, dans l’histoire, souvent progressé au fil des crises. Sauf qu’à l’heure du séisme politique nationaliste et populiste attisé par la peur des migrants, les forces de la désunion sont bien plus redoutables

Emmanuel Macron se trompe. A l’issue du sommet de Bruxelles dominé par la question explosive des migrants, le président français a quand même réitéré sa conviction que, derrière les affrontements, l’adhésion commune à «l’aventure unique de l’Union» et à la «solidarité responsable» qui en découle est toujours au rendez-vous. A l’entendre, l’ère des concessions mutuelles pour «éviter de faire perdre l’UE» n’est pas révolue. D’où l’importance d’obtenir des compromis sur les futurs camps de rétention, sur les hypothétiques retours des clandestins et sur la protection des frontières extérieures de l’Union. Même si leur application sera, tout le monde le sait, semée d’embûches.

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Cette analyse procède d’une théorie: celle du socle commun des valeurs et celle de la compréhension mutuelle de la souveraineté partagée. Elle repose en outre sur une légitimité: celle du Conseil européen, ce huis clos des chefs d’Etat ou de gouvernement des pays membres, réunis pour approuver, infirmer ou amender les propositions législatives dont la Commission garde le monopole. C’est à l’aune de cette grille que doivent être lues les conclusions adoptées vendredi par les Vingt-Huit. Le «volontarisme» reste la base. Le respect des accords passés – comme le fameux règlement contesté de Dublin sur l’asile – est réaffirmé. La force du droit est invoquée. Aucun mécanisme de contrôle n’est évoqué. Aucun calendrier. Aucune obligation financière.

Tout cela, malheureusement, ne tient pas compte des changements survenus depuis dix ans. La crise financière a semé le doute sur la solidarité européenne. Le Brexit a ouvert la fracture, exploitée sans vergogne par Donald Trump à coups de tweets vengeurs contre l’UE. Les flux migratoires, inéluctables au vu des crises, des bouleversements climatiques et des déséquilibres économiques Nord-Sud, ont réveillé le volcan nationaliste et soulevé un front anti-islam. Le Hongrois Viktor Orban ne veut pas de la même Europe qu’Emmanuel Macron ou Angela Merkel. L’Union est pour Orban un guichet. Eventuellement un rempart. Certainement pas une aspiration politique et sociétale commune, dont le coût doit être partagé par tous.

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L’autre mirage de ce sommet porte sur la capacité des interlocuteurs à mettre en œuvre les décisions prises au bout de la nuit bruxelloise. Qui peut croire, aujourd’hui, à la capacité du président du Conseil italien à imposer sa solution à son redoutable ministre de l’Intérieur? Qui peut tabler sur le respect de cet accord par les gouvernements d’Europe centrale affairés à démanteler, chez eux, l’indépendance du pouvoir judiciaire? Sans parler des coalitions chancelantes d’Angela Merkel ou de Pedro Sanchez, le nouvel homme fort de Madrid…

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Accès de fièvre migratoire ou pas, la vérité est que les populistes et les nationalistes veulent voir l’intégration se déliter. Ils misent sur son échec et s’en nourrissent. Prétendre à chaque fois que l’Union européenne a réussi à s’en sortir in extremis, alors qu’elle est mise en échec, entretient un dangereux poison: celui des illusions.

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