Londres n’a pas connu un tel rassemblement de chefs d’Etat depuis plus de cinquante ans. Le reste du monde non plus, en fait. Il n’est pas exagéré de qualifier le moment d’historique.

A Washington, en novembre dernier, la première réunion du G20, ces pays du Nord et du Sud qui représentent plus de 80% de l’économie mondiale, avait été organisée par un hôte discrédité, et sur le départ. Le président Bush n’avait accepté ce sommet qu’à l’insistance de son homologue français, alors aussi président de l’Union européenne.

Aujourd’hui, à Londres, la réunion prend une autre allure. Barack Obama, qui réalise sa première grande visite à l’étranger depuis son élection, jouit d’un indiscutable soutien. Il peut donner au G20 une impulsion décisive au traitement de la pire récession depuis la Seconde guerre mondiale.

Des voies discordantes se font bien sûr encore entendre. Contrairement à la semaine dernière, les plans de la relance ne sont plus au cœur des discussions. La régulation financière les a remplacés. Français et Allemands veulent du concret et des mesures sévères contre tous les acteurs: banquiers, hedge funds ou paradis fiscaux. Ils soutiennent que, pour l’instant, «le compte n’y est pas», selon les mots de Nicolas Sarkozy.

La solution ne pourra pourtant venir que d’un consensus. Claquer la porte, comme le président français l’a menacé, avant de se raviser hier, constituerait la pire réponse à la crise.

Le G20 va accoucher d’une souris, disent les critiques. Des documents techniques qui circulent, sous embargo, montrent pourtant que le travail «concret» a déjà commencé.

Les accords de Bretton Woods n’ont pas été signés en un jour, et avaient donné lieu à de sévères disputes jusqu’à la fin. Le processus engagé par le G20 constitue, en lui-même, une première réussite, car à crise mondiale répond une solution mondiale. Et pour l’heure, ce groupe de pays constitue la moins mauvaise institution pour la trouver.

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