«Le chancelier Haider a défilé triomphalement sur la grande avenue de Vienne…» Dite avec la voix grandiloquente des émissions de radio des années 1930, cette fiction est peut-être de mauvais goût. Demain, pourtant, le nationaliste Jörg Haider pourrait entrer au gouvernement autrichien. Et l'Autriche se retrouverait une nouvelle fois au ban des nations démocratiques. L'entrée de ce fils de nazi convaincu dans le gouvernement de Vienne ferait encore plus de bruit que l'élection à la présidence autrichienne de Kurt Waldheim en 1986. L'ancien secrétaire général des Nations unies avait été rattrapé par son passé. Officier dans la Wehrmacht, il avait assisté, si ce n'est participé, à des exactions commises dans les Balkans en 1944. Kurt Waldheim, interdit de séjour dans la plupart des chancelleries, s'était replié comme un pestiféré dans son château présidentiel. Même si la majorité des Autrichiens l'avaient néanmoins soutenu contre vents et marées, un timide examen de conscience sur le passé nazi de l'Autriche avait commencé. Bien vite oublié dès la fin du mandat de Waldheim.

L'attitude de Haider vis-à-vis du nazisme est sans complexe. Son parti a toujours servi de refuge aux anciens nazis et aux nostalgiques de la Grande Allemagne. Ses dérapages verbaux, comme son éloge de la politique de l'emploi sous le IIIe Reich, l'ont parfois contraint à reculer. En 1991, il dut démissionner de son poste de gouverneur de Carinthie… pour être réélu triomphalement l'an dernier. Ses excès l'ont servi dans sa montée en puissance dans un pays mal dénazifié, un pays qui vit sur l'illusion, érigée en vérité officielle, d'avoir été la première victime de Hitler. L'Autriche n'a jamais voulu admettre que l'Anschluss a été accueilli avec enthousiasme et zèle de Vienne à Salzbourg. Contrairement aux Allemands, qui ont fait après la guerre un travail d'introspection, les Autrichiens s'en sont abstenus. Comme lors des révélations sur le passé de Kurt Waldheim, une majorité des Autrichiens refusent ce nécessaire examen de conscience. Jörg Haider leur donne raison et les chrétiens-démocrates le cautionnent en lui mettant un pied dans l'étrier du pouvoir. Triste valse.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.