Rendez-vous est donné dans le salon feutré de l’hôtel Mandarin. Sophie Dubuis apprécie son atmosphère, le sérieux de son équipe, la vue sur le Rhône ensoleillé. En tant que présidente de Genève Tourisme, la jeune femme de 45 ans est dans son élément, elle serre des mains, jette des coups d’œil discrets, tandis qu’on lui sert une tasse de thé.

Rien ne prédestinait pourtant cette Valaisanne d’origine à évoluer dans le monde du luxe et des grands hôtels. Elle qui a grandi dans la campagne fribourgeoise de Bonnefontaine, près de La Roche, entre les briques et les sacs de ciment de l’entreprise de construction de ses parents. Là où l’humilité et l’importance du travail règnent en valeurs cardinales. Une vie tournée vers la montagne, Savièse particulièrement, où elle aime passer ses week-ends.

Présidente de Genève Tourisme & Congrès, de la Fédération des commerçants genevois et des femmes PLR, récemment installée à son compte comme consultante et mère d’un enfant de 9 ans: Sophie Dubuis cumule les responsabilités. Ce qui l’amène à des jeux d’équilibriste au quotidien. «J’ai besoin d’être à la fois femme, mère et professionnelle, je ne pourrais pas sacrifier un statut pour l’autre», sourit celle qui refuse de compter ses heures lorsqu’elle est passionnée.

Un gros stress

Le tourisme, Sophie Dubuis y plonge par amour de l’hospitalité, de l’accueil, mais surtout de la Suisse. «En Valais, le secteur est central pour l’économie du canton, souligne-t-elle. Lorsque j’ai étudié à Sierre, on parlait déjà de l’avenir de stations comme Crans-Montana.»

Arrivée à Genève en 2005, Sophie Dubuis travaille d’abord à Palexpo puis dirige le Centre international de conférences (CICG) qui dépend de la Fipoi, une fondation de droit privé. «La majorité de nos clients étaient des organisations internationales, je me souviens d’une conférence de l’OMC avec plus de 2000 personnes, où une panne du système de traduction a bloqué toute la salle durant cinquante minutes, c’était le plus gros stress de ma vie.»

Aussi chaleureuse que persuasive, Sophie Dubuis ne manque pas d’ambition. En 2015, elle est la première femme à prendre la tête de l’antenne genevoise de Bucherer. En tant que directrice, elle doit adapter le groupe aux contraintes budgétaires, licencier, réorganiser, tout en chapeautant la rénovation du «plus beau bâtiment de Genève», situé à la rue du Rhône.

«Se séparer d’un collaborateur, même pour le bien du groupe, n’empêche pas des nuits sans sommeil», confie-t-elle. Il n’y a pourtant pas que cette épreuve à relever. Au fil du temps, la jeune directrice découvre l’univers du luxe, un monde fascinant qui n’est pas le sien. «Rue du Rhône, les marques sont solitaires, il règne une forme de distance polie, chacun représente un prestige exclusif et défend son pré carré.»

Une «candidature plutôt gonflée»

Le besoin d’action l’attire en politique dès 2012. Elle choisit le PLR pour son slogan évocateur: liberté et responsabilité. «Professionnellement, j’avais déjà l’impression d’agir mais je voulais m’impliquer à plus large échelle pour les citoyens», souligne-t-elle avec enthousiasme. En 2019, elle accède à la liste pour le Conseil national sans jamais avoir été élue ailleurs. Le «facteur femme» a compté, elle le sait. «Je n’ai pas de problème à avoir été un alibi, affirme-t-elle. Je sais ce que je vaux, ce que je suis capable de faire.»

Le rêve du siège à Berne s’évanouit toutefois au soir du 20 octobre. Qu’est-ce qui lui a manqué? «En politique, on privilégie les parcours déjà établis, les progressions graduelles, ma candidature était plutôt gonflée», estime Sophie Dubuis, qui reconnaît toutefois s’être laissée prendre au jeu. «Il y a eu des moments très durs durant la campagne, j’ai pris des coups, je ne maîtrisais plus les jeux de pouvoir à l’interne.» Rétrospectivement, elle ne regrette pas l’expérience, pour les rencontres et les connaissances emmagasinées.

Si elle reste présidente des femmes PLR et membre du parti, Sophie Dubuis ne vise désormais pas de poste d’élue. Ouvertement féministe, elle milite pour que l’égalité ne reste pas que l’apanage de la gauche. «Les choses bougent au PLR, notamment grâce à Nathalie Fontanet [la conseillère d’Etat chargée du Département des finances et des ressources humaines], qui joue un grand rôle pour les femmes de droite», salue-t-elle. Un combat à empoigner? L’accès des femmes aux postes à responsabilité, le droit du divorce où les pères sont trop souvent lésés ou encore la fiscalisation des couples mariés.

Exploiter les symboles

Sur le front du tourisme genevois où l’augmentation des nuitées est progressive, Sophie Dubuis s’attache à ce que chacun des acteurs trouve sa place. Son but? Réunir touristes et locaux autour d’animations conviviales telles que l’Escalade, le marathon ou encore le Marché de Noël qui a très bien marché cet hiver. «Genève Tourisme ne l’organise pas directement, c’est un projet venu de Zurich auquel nous croyons. Comme pour les Fêtes de Genève, il faut parfois savoir se retirer.»

Jet d’eau, montres ou chocolat, Genève n’a-t-elle rien d’autre à vendre? «Je n’y vois pas des clichés mais des symboles à exploiter, estime Sophie Dubuis. Il faut vendre ce qu’on est.» A l’avenir, elle espère développer le potentiel du canton, notamment la campagne genevoise, avec de l’agrotourisme et davantage de chemins pédestres.


Profil

1974 Naissance à Fribourg.

1996 Ecole suisse de tourisme.

2008 Direction du CICG et MBA.

2015 Direction de Bucherer Genève.

2019 Candidature PLR au Conseil national et présidence de Genève Tourisme.