La vie à 25 ans

La sorcière, du maléfique au féminisme

CHRONIQUE. Au fil des années, la figure de l’alcine d'Halloween évolue. En 2018, elle incarne bien plus qu'un déguisement en tulle, devenant une figure de lutte pour les droits des femmes, selon notre chroniqueuse 

A l’approche d’Halloween, voilà qu’elles pointent de nouveau le bout de leur chapeau. Chaque année, c’est pareil: celles qui s’étaient faites discrètes onze mois durant réapparaissent comme par enchantement, réinvestissant les vitrines des magasins, les garde-robes des gamins… et l’imaginaire des plus grands.

Chez les 20-30 ans dans mon genre, la sorcière évoque une enfance qui ne semble pas si loin. Peut-être parce que cette figure de la pop culture nous a toujours accompagnés, entre frissons et fascination.

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Ça a commencé par le visage verdâtre de Maléfique qu’on guettait, terrifiés, dans La belle au bois dormant. Puis des tomes et des tomes de Sabrina, l’apprentie sorcière, magicienne bien plus guimauve que démoniaque. Avant que l’ouragan Harry Potter ne finisse de convertir toute une génération aux joies de la sorcellerie.

Mais c’est sans doute la série Charmed qui aura le plus marqué les esprits des nineties kids. «Charmède» (on n’arrivait jamais à le prononcer à l’anglaise) raconte les aventures de Phoebe, Piper et Prue Halliwell, trois sœurs qui découvrent qu’elles sont, en gros, les sorcières les plus puissantes du monde. Et qu’elles feraient bien d’unir leurs forces parce qu’il semblerait que tous les démons dudit monde se soient donné rendez-vous à San Francisco. Entre incantations et histoires sentimentales, la série a ravi nos cœurs d’ados sur huit saisons.

Démon harceleur

Pourtant, la sorcière, ce n’est pas qu’un déguisement en tulle ou un succès télévisuel. C’est aussi une réalité historique, celle de milliers de femmes mises à mort car prétendument maléfiques, notamment au bord du Léman. Dans son livre Sorcières. La puissance invaincue des femmes sorti le mois dernier, la journaliste franco-suisse Mona Chollet éclaire cette chasse monstrueuse et misogyne qui visait celles qu’on estimait trop indépendantes ou trop remuantes. Et la compare au regard que la société porte aujourd’hui sur les femmes célibataires et sans enfants.

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La sorcière se ferait-elle féministe, politique? Vous ne croyez pas si bien dire: dans le tout nouveau reboot de Charmed, on retrouve les corbeaux, les sortilèges et les trois sœurs… sauf que l’aînée affiche son homosexualité, que le méchant exterminé dans l’épisode 1 est un harceleur sexuel et que Trump est comparé sans ciller à un démon du même genre. Certes, les références à #MeToo manquent un peu de subtilité, mais peu importe: un vent de révolte souffle sur Salem. Et la magie opère.


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