Opinion

Sortie du nucléaire: soyons réalistes

La décision de sortir du nucléaire a été votée par le parlement le mois dernier. Elle fait partie de la stratégie énergétique 2050 qui établit un scénario de sortie, assorti de mesures variées permettant aux milieux économiques et privés de s’y préparer. Tenons-nous y, estime Catherine Labouchère, députée PLR du Grand Conseil vaudois

Fin novembre, le peuple sera amené à se prononcer sur une initiative: la sortie programmée du nucléaire. On ne votera pas sur le principe déjà adopté par les chambres avec la stratégie 2050, mais sur les modalités.

A nouveau la bataille s’annonce rude, car elle va mélanger le fond et la méthode. La clarté du message et ses conséquences seront biaisées, l’émotionnel prenant le dessus. C’est regrettable. La situation mérite un rappel des faits. La décision de sortir du nucléaire a été votée par le parlement le mois dernier. Elle fait partie de la stratégie énergétique 2050 qui établit un scénario de sortie, assorti de mesures variées permettant aux milieux économiques et privés de s’y préparer.

A contrario, l’initiative proposée demande une fermeture rapide des centrales nucléaires (Beznau I et II ainsi que Muehleberg dans les deux ans qui viennent) et les deux restantes (Leibstadt et Goesgen) d’ici 2029. Cela signifie qu’il faudrait combler l’approvisionnement en électricité de 15% tout de suite et de 40% d’ici 15 ans.

Gardons les pieds sur terre, ce ne sont pas les énergies renouvelables qui pourront le faire. Les partisans de l’initiative trouvant toujours des prétextes pour contester les éoliennes, la géothermie, la pose de panneaux solaires, les rehaussements ou les nouveaux barrages. Il faudra donc importer et il n’est pas besoin d’être grand devin pour savoir que cela sera en priorité de l’électricité provenant du nucléaire français ou du charbon et du gaz allemands avec les conséquences en CO2 que l’on connaît.

Ne soyons pas hypocrites, il n’y a pas de solution parfaite, mais une voie plus en phase avec l’adaptation indispensable afin de maintenir un approvisionnement électrique correspondant aux besoins et attentes de la population et de l’économie. Les initiants font peur avec les risques: Fukushima peut arriver en Suisse, les centrales suisses sont vieillottes et dangereuses, mais se posent-ils la question sur la sécurité du nucléaire de nos voisins que l’on importera? Quelle confiance font-ils aux contrôleurs des centrales qui n’hésitent pas à les arrêter en cas de problème? Où sont les propositions techniques durables capables de pallier sans inconvénient à une baisse importante de l’approvisionnement? Inutile de se voiler la face, aucune ne peut le faire actuellement.

Le délai à 2050 est plus à même de permettre le développement de voies prometteuses ou de nouveautés sans dépendre de l’étranger. Il permettra aussi de renforcer les installations avec des technologies de pointe. Certains veulent nous faire croire que c’est de l’esquive face aux dangers. Au contraire, c’est du réalisme et c’est ce que la majorité des citoyens attend.


Catherine Labouchère, députée du Grand Conseil vaudois, Gland

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