«La virulente attaque personnelle du conseiller national UDC Roger Köppel mardi contre la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga aura sans doute des suites», prévient Le Matin. Les chefs des groupes parlementaires «ont décidé d’évoquer le comportement du Zurichois lors de la prochaine séance du bureau du Parlement à la mi-mai». Celui qui est largement soutenu par le «cow-boy de l’UDC zurichoise», Claudio Zanetti, «pourrait y être réprimandé pour dérapage verbal», rapporte le Blick.

A la limite de la misogynie, Köppel avait «accusé la ministre de s’asseoir avec «frivolité» sur la Constitution lors du débat sur l’extension de la libre circulation à la Croatie. Il s’en était pris aussi à la politique d’asile de la Bernoise, accusée de déloger des Suisses pour y mettre des jeunes requérants qu’elle va chercher elle-même en Afrique. Simonetta Sommaruga avait alors quitté la salle, suivie du parti socialiste, outrée des propos du rédacteur en chef de la Weltwoche.» Qui en ajoute aujourd’hui une solide couche dans l’éditorial de son journal.

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Une blogueuse de L’Hebdo lui répond: «Bravo, depuis hier et votre coup d’éclat face à Mme Sommaruga, vous avez enfin réussi à faire parler de vous en Suisse romande. Car jusqu’ici, il faut bien dire que les Romands avaient plutôt été épargnés par vos frasques et n’avaient pas pris pleinement conscience des nébuleux méandres de votre personnalité.» Et d’ajouter que le fait qu’il exerce cette «double fonction de parlementaire et de rédacteur en chef» ne semble ne «gêner personne, parlement de milice oblige».

«Cher Monsieur Köppel, conclut-elle, «aussi anti-européen que vous soyez, vous n’êtes finalement pas si différent de vos collègues européens du Front national en France, de l’Alternative pour l’Allemagne ou encore du Parti de la liberté en Autriche. Sauf que chez nous, vous pouvez l’être en toute impunité, avec une visibilité médiatique certes, mais sans réelle contestation. Pour l’instant.»

Mais Simonetta Sommaruga est-elle «tombée dans le piège» avec les socialistes, qui «se sont laissés provoquer», comme le juge la Neue Zürcher Zeitung (NZZ)? Sa réaction essuie tout de même «des critiques, même par des élus PS». Car c’était «faire trop d’honneur» à Roger Köppel «de réagir ainsi». C’est ce qu’il «cherchait et nous le lui avons donné»… «Une majorité d’élus socialistes approchés par la RTS jugent que la réaction de leur groupe était disproportionnée», avouant qu'«on ne pouvait décemment pas» abandonner la Bernoise «sans bouger nous aussi».

Et les hashtags? Les attaques de Roger #Köppel contre #SimonettaSommaruga font évidemment aussi réagir la twittosphère. Plusieurs internautes, fâchés de la décision finale du parlement, accusent la socialiste d’avoir «fui la vérité» (ajoutez le critère de recherche «Wahrheit»), tandis que le compte @Reinformations dénonce un «bradage de la Constitution». «Sommaruga doit démissionner et Köppel doit entrer au Conseil fédéral», tacle @servusli, très énervé par les événements de mardi. Et une ancienne et célèbre parlementaire romande se fâche également:

La Basler Zeitung, elle, parle de l’animateur de la Rundschau de SRF, Sandro Brotz, qui a pris la défense de la conseillère fédérale sur sa page Facebook, considérée comme une victime d'«un apprenti-blochérien» essayant de «s’émanciper de son maître», tel qu'on le dirait d’un «apprenti-sorcier». Il l’a notamment accusé de «trumpisation», ce dont s’amuse le Blick, qui compare, dans son «Best of Beschimpfungen», les mots de Roger Köppel à ceux d’autres politiciens du monde, comme l’actuel candidat républicain à la présidentielle américaine.

La NZZ a enfin interrogé le chef du groupe socialiste aux Chambres, le Vaudois Roger Nordmann, qui estime que «Köppel a dépassé les bornes de la bienséance» et qui prêche pour une politique du consensus, en perte de vitesse selon lui. Face à un parti aussi affaibli, elle lui pose cette question en conclusion: «Ne serait-il pas temps que le PS change de président?» Réponse: «Non, Christian Levrat fait du bon travail, c’est à lui de décider, et je pense qu’il restera jusqu’à la fin de la législature.»