Opinion

Sortir du nucléaire est possible sans pannes majeures ni énergies sales

La mise hors circuit des centrales de Leibstadt et de Beznau 1 n’a pas provoqué de «black-out» dans l’approvisionnement en électricité, rappelle Daniel Brélaz, pour qui l’argumentaire des opposants à l’initiative Sortir du nucléaire est une tromperie

Avec le retrait des demandes d’autorisation pour de nouvelles centrales nucléaires par Axpo, Alpiq et BKW, retrait justifié par des changements principalement économiques, la mort du nucléaire suisse a été décidée, il reste à choisir le temps de l’agonie et quels risques nous sommes prêts à prendre.

Avant Fukushima, les partisans du nucléaire disaient qu’il était urgent de construire de nouvelles centrales nucléaires pour remplacer les actuelles en fin de vie; aujourd’hui ils veulent les maintenir vingt à trente ans de plus, ce qu’aucun pays n’a jamais fait.

Plus d’un million de déplacés

Ils font prendre des risques considérables au peuple suisse car la moyenne de fonctionnement des 150 centrales nucléaires définitivement arrêtées dans le monde, dont deux suite à une catastrophe majeure, a été de 26 ans et non de 60 à 70 ans comme envisagé. En cas d’accident, plus d’un million de personnes pourraient devoir être déplacées. Comment les loger et où, personne ne le sait.

Le principal argument des opposants à l’initiative sortir du nucléaire est que, d’ici fin 2017, trois centrales devraient être arrêtées ce qui créerait le black-out. Ces trois centrales représentent un tiers de la production nucléaire suisse.

De la pure tromperie

Mais aujourd’hui, et jusqu’en février au moins, Leibstadt (la plus grosse) et Beznau 1 sont hors circuit suite à de graves problèmes techniques. Elles représentent presque la moitié de la production nucléaire suisse et aucun black-out n’est prévu. L’argument relève donc de la pure tromperie du peuple. Si c’est cela qui vous fait hésiter, vous pouvez sans risque voter oui à la sortie du nucléaire.

Le deuxième argument est celui de l’autarcie. Nous devrions importer du courant étranger sale (charbon, gaz ou nucléaire) plutôt que de consommer du bon courant nucléaire suisse. Les mêmes ne se sont jamais indignés du fait que 77% de l’énergie consommée en Suisse avec le pétrole, le gaz et l’uranium des centrales nucléaires était importé.

Réseau européen interconnecté

Le réseau électrique européen étant interconnecté, la Suisse consomme déjà du nucléaire étranger, du charbon allemand ou du gaz. De même nos voisins consomment déjà du bon hydraulique suisse. Cela varie d’une heure à l’autre mais le bilan 2015 présentait un solde exportateur de 1 milliard de kwh malgré l’absence de Beznau1.

Plus nous diminuerons la part de l’uranium importé au profit des énergies renouvelables, plus nous augmenterons notre indépendance énergétique. C’est ce que prévoit la stratégie énergétique 2050 que vient d’adopter le Parlement. De plus, les électriciens suisses sont propriétaires, en Allemagne et en France, de capacités éoliennes et solaires qui représentent plus que la production de deux des centrales qui devraient être arrêtées fin 2017.

Nucléaire sale remplacé par des énergies renouvelables suisses

Si nous importons cette énergie, qui nous appartient, et avec Energie 2050 acceptée par le Parlement, nous n’aurons pas de solde importateur net. Sinon, nous en aurons un correspondant à l’équivalant d’une centrale nucléaire. Il suffirait alors de renforcer Energie 2050 à hauteur d’un m2 de panneaux solaires photovoltaïques par 1000 m2 de territoire suisse ou d’importer. Avec 0.5 ct par kwh de prime de marché nous pouvons même nous assurer d’acquérir de l’hydraulique européen.

Avec l’interconnexion des réseaux européens, nous consommerons de toute manière par moments du courant sale, aujourd’hui comme demain, mais nous pouvons nous assurer que notre nucléaire sale sera remplacé par des énergies renouvelables suisses ou de propriété suisse.

Campagne tapageuse

Il faut enfin savoir que les opposants à l’initiative ont empêché la taxation des énergies sales d’origine étrangère au Parlement car ceux qui financent la campagne tapageuse contre Sortir du nucléaire sous leur nom ou celui de Energies for humanity, en se présentant comme soucieux du climat, en importent aujourd’hui pour diminuer leurs coûts en mettant en danger notre hydraulique suisse.

Deux sur trois des grands électriciens suisses possèdent des centrales au charbon à l’étranger et Axpo, qui finance l’essentiel de la campagne contre l’initiative avec de l’argent public, prévoit d’ici 2030, de faire passer de 13 à 30% la part des centrales à gaz étrangères dans son approvisionnement (site Axpo). De qui se moque-t-on?

L’initiative est le meilleur moyen de garantir un approvisionnement sûr, écologique et de plus en plus local de notre pays en électricité.


Daniel Brélaz, conseiller national, ancien syndic de Lausanne.

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