Opinion

Sortir du tunnel. Par la route

La construction d’un second tunnel au Gothard est la seule option valable, à tous égards, estime Cristina Gaggini, directrice romande d’economiesuisse. Qui plaide également le pragmatisme dans la question du nouveau régime routier

C’est peu dire que notre réseau routier commence à dater et à saturer. Nombreux sont les tronçons qui nécessiteront une rénovation complète, tout comme ceux qui sont au bord de l’asphyxie, en particulier dans les grandes agglomérations. Avec bien plus de 21 000 heures de bouchons par an, les usagers n’y perdent pas seulement leurs nerfs; cela a un coût qui dépasse largement le milliard de francs. Mettre à jour nos routes est l’un des dossiers prioritaires du nouveau Parlement.

Comment rénover au mieux

Le coup d’envoi de ce rajeunissement du réseau sera donné le 28 février, à l’occasion du vote sur la rénovation du tunnel du Gothard. Vu de Suisse romande, cette infrastructure peut paraître lointaine. Elle n’en demeure pas moins la principale voie pour traverser les Alpes. Une part importante des exportations et des importations suisses l’empruntent chaque jour. Avec trente ans au compteur, la question n’est pas de savoir s’il faut le rénover, mais comment le faire au mieux. Compte tenu de la géographie des lieux, il n’y a pas 36 solutions. Soit il faut fermer le tunnel durant trois ans, soit construire un nouveau tube puis rénover l’ancien. La première option est indéfendable car elle couperait le Tessin du reste de la Suisse pendant trois longues années. Prétendre que l’on pourrait dévier le trafic sur les cols alpins est pour le moins arrogant et utopique, aussi bien en hiver que pendant les vacances. L’alternative consistant à charger manu militari voitures et camions sur le train ne résiste pas plus à un examen attentif. Il faudrait construire – à grands frais – des gares de chargement géantes dans des vallées alpines exiguës. Pire, une fois les travaux achevés, ces installations provisoires seraient démontées. Le Parlement a refusé, à juste titre, de gaspiller ainsi l’argent des contribuables.

Une option valable à tous égards

La construction d’un second tunnel est la seule option valable, à tous égards: pérennité des investissements, amélioration de la sécurité routière grâce à deux tubes unidirectionnels et maintien des liaisons avec et pour le Tessin. Plus aucun tunnel ferroviaire ou routier de cette envergure ne se construit avec un seul tube. Contrairement à ce qu’affirment les adversaires, l’utilisation d’une seule voie par tube est acquise. La loi adoptée par le Parlement le prescrit et le non-respect de ce principe violerait la Constitution. Enfin, à plus longue échéance, le deuxième tunnel facilitera la prochaine rénovation et la rendra meilleur marché. Les avantages de cette solution l’emportent largement.

Le nouveau financement des routes fédérales

À peine cette votation bouclée, une autre encore plus cruciale se profile. D’ici l’an prochain au plus tard, le peuple décidera du sort du nouveau financement et du développement des routes nationales (FORTA). L’enjeu est de taille: se donner les moyens de résorber les blocages les plus graves dont souffre notre réseau. Le Conseil fédéral a présenté un projet cohérent. En résumé, il s’agit de créer une base de financement solide, sous la forme d’un fonds permanent. Celui-ci sera alimenté par les actuelles taxes sur l’essence dévolues à la route, complétées essentiellement par une réaffectation de l’impôt sur les véhicules prélevé par la Confédération. Parallèlement, les chantiers les plus urgents seront identifiés; à charge du Parlement de décider tous les quatre ans du programme de réalisation. Alors que le projet devrait avancer vite, il est au point mort aux Chambres fédérales. Comme souvent en matière routière, la tentation est forte de surcharger le convoi, au risque de le faire déraper.

Cumuler les oppositions met en danger le financement des routes

En l’occurrence, il y a des velléités d’intégrer des routes cantonales au réseau national. Les frais d’entretien supplémentaires pour la Confédération seraient couverts par une hausse de la vignette et une contribution des cantons. Oui, vous avez bien lu, c’est ce que le peuple a sèchement refusé en 2012… En soi, cette demande est légitime, pour autant que l’on règle équitablement la répartition du financement entre les cantons et la Confédération, ce qui n’est pas le cas actuellement. Par ailleurs, pour tenter d’alléger les contraintes financières, l’idée revient de changer la répartition des recettes de l’impôt sur les huiles minérales. Au lieu d’en encaisser 50%, la Confédération devrait se contenter de 40 ou 45%. Contrairement aux apparences, ces quelques pourcents n’ont rien d’anodin. À l’heure où la Confédération doit se mettre au régime, ce sont des dizaines de millions de plus qui manqueront dans ses caisses. L’exercice d’économie soulève déjà suffisamment de tensions. Cumuler les oppositions met en danger le nouveau régime routier (FORTA).

Il est urgent de trouver un délicat équilibre entre les intérêts en présence. La voie est étroite et le peuple a déjà posé des limites. Faire passer le projet FORTA, au premier essai, auprès du peuple et des cantons doit rester la priorité. Le temps perdu ne fera qu’aggraver les bouchons.

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