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S.O.S. Hologrammes

Tandis que sort un disque posthume de Leonard Cohen, Maria Callas revient sous la forme d’un hologramme

La grande tournée de Maria Callas est passée par la Suisse romande. Oui, vous avez bien lu: la soprano grecque, décédée en 1977, enchaîne actuellement les concerts. Une société américaine a conçu un hologramme confondant de réalisme. Entourée de musiciens bien réels, la cantatrice interprète des classiques du répertoire lyrique. Lorsqu’elle se lance dans l’air des cartes de Carmen de Bizet, des cartes à jouer dansent littéralement autour d’elle. Il y a dans cette opération plus mercantile qu’artistique quelque chose qui me dérange. Tupac Shakur et Amy Winehouse, comme Dalida et Joe Dassin, sont eux aussi revenus sous la forme d’hologrammes.

Ces jours, j’écoute en boucle le nouvel album de Leonard Cohen. Disparu en 2016, le Canadien est de retour avec Thanks for the Dance, un disque formidablement mélancolique. On n’a pas demandé à la Callas si elle souhaitait un jour revenir sous la forme d’une projection 3D. Cohen, lui, avait de son vivant confié à son fils la mission de finaliser des morceaux inachevés. La chanson titre de cet album posthume est une douce valse sur laquelle il dit merci pour les beaux moments vécus. Il y a là une célébration de la vie. Cohen n’interprétera jamais Thanks for the Dance sur scène, ce qui rend cet ultime tour de piste plus bouleversant encore, comme l’était le Blackstar de David Bowie, publié deux jours avant sa mort.

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Parc d’attractions

Les œuvres des grands artistes leur survivent. Maria Callas a laissé des enregistrements qui permettent aujourd’hui encore de mesurer à quel point elle a marqué l’art lyrique, comme Cohen et Bowie auront été des jalons, des phares. La firme qui a élaboré son hologramme a commencé par demander à une comédienne de jouer son rôle. On est là dans la reproduction, dans l’illusion. Il y a un côté parc de loisirs qui me rappelle ce jour où, dans un sombre sous-sol londonien, je me suis retrouvé pétrifié face à un alien géant. Une attraction proposait une immersion dans l’univers du film de Ridley Scott, comme la tournée virtuelle de la Callas vend la promesse d’un voyage dans le temps.

Sur le documentaire «Maria by Callas»: La femme derrière l’icône

Un jour, probablement, il suffira de se munir d’un casque de réalité virtuelle pour se retrouver face aux fantômes de James Dean et de Marlon Brando buvant un bourbon. Et un jour, peut-être, on pourra s’offrir l’hologramme d’un conjoint disparu, avec la promesse de le voir chaque matin s’asseoir à la table du petit-déjeuner. Il y a dans ce désir de défier la mort quelque chose de terrifiant.


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