Médias

Le SOS lancé par Georges Baumgartner, Radio suisse romande, Tokyo

Le correspondant emblématique de la RTS arrive à l’âge de la retraite. Rester au Japon, ou «rentrer» en Suisse? A la radio, il a posé la question directement aux auditeurs. Un débat fleuve s’en est suivi sur les réseaux

«Georges Baumgartner, Radio suisse romande, Tokyo»: qui n’a jamais entendu ce leitmotiv, qui a même entretenu sa célébrité jusque sur des T-shirts à la mode? Il y a un peu plus d’une semaine, le jeudi 16 mars dernier au matin, émission Tout un monde, sur la radio RTS-La Première: revoici l’homme à la diction parfaite en français, l’accent légèrement «nipponisant» avec ses «o» fermés, deux jours après être également apparu, hiératique, sur le plateau du 19h30 de Darius Rochebin pour commenter le 6e anniversaire de l’accident de nucléaire de Fukushima:

De passage à Lausanne, Georges vient aussi parler à la radio de ses trente-cinq ans de correspondance au pays du Soleil levant, à la veille de sa retraite, perspective depuis longtemps angoissante pour lui. Treize minutes passionnantes où il évoque son expérience du Japon, sa vie en ce pays où il n’avait jamais pensé rester si longtemps. En ce pays où il est également correspondant de Radio-Canada, de Radio France et de la RTBF sous le pseudonyme de Frédéric Charles.

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Et soudain, cette voix qui fait partie de l’inconscient collectif radiophonique bascule dans l’émotion. A la dernière question de son collègue, Georges se demande de quoi sera fait son avenir. «J’ai un visa de journaliste correspondant permanent, que je dois renouveler tous les trois ans. Est-ce que je vais rester pour finir ma vie dans un home pour vieillards japonais, comme seul étranger? […] Non, j’ai une compagne japonaise, c’est ce qui me motive à rester maintenant. Mais je me demande aussi: est-ce que j’aimerais vivre ailleurs? Je suis tenté, mais où aller vivre? Je n’ai aucune réponse, alors si vous en avez, s’il vous plaît, écrivez-moi des e-mails. Je vous lance un SOS: dites-moi où vivre et comment vivre.» Le journaliste de la RTS Eric Guevara-Frey s’en souviendra, de cette interview:

Yannick Rochat, des Humanités digitales de l’Université de Lausanne, s’est empressé de l’envoyer, son e-mail à lui, long et affectueux, dont il livre copie sur sa page Facebook: «[…] Il y a un intérêt réel en Suisse pour le Japon, et vous-même en êtes un spécialiste. Vous revenez avec une expérience de ce pays et de son fonctionnement que très peu de non-Japonais possèdent. Vous êtes brillant pour communiquer – c’est votre formation – et vous êtes connu en Suisse comme peu d’autres journalistes. […] Dans ces conditions, pourquoi ne pas rentrer en Suisse témoigner de votre expérience du Japon à vos compatriotes? […]» Puis l’auteur a même signalé le geste sur son compte Twitter:

Sous l’article que 20 minutes a consacré à ces poignants instants qui ont montré un homme semblant tout à coup perdu, il y a près de 180 commentaires. «J’espère qu’on arrivera à vous rendre tout ce que vous nous avez donné», dit une internaute. «Continuez à naviguer entre ces deux cultures, continuez à vivre vos passions, la femme que vous aimez et la communication, ne changez rien. Le jour où vous ne pourrez plus décrire ce que vous voyez, ce que vous ressentez, ce que vous vivez, vous serez dès lors en train d’entamer votre voyage sans paroles. Alors vous serez dans la contemplation intérieure…» écrit un autre.

«Pitié, ne revenez pas en Suisse romande, car on s’y ennuie trop», prévient un troisième. Ou alors «reviens au pays, cher Georges», supplie presque celle qui lui pose cette question abyssale: «Te souviens-tu de cette fille un peu plus âgée que toi qui, tous les jours passait devant chez toi à la rue Neuve à Porrentruy en allant et en rentrant de l’école? Tu étais sur ton petit vélo à trois roues»…

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Parmi tous ces élans du cœur se détache encore celui-ci: «Je vous «aime» dans le vrai sens du terme.» On aime tous Georges Baumgartner.

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