REVUE DE PRESSE

Et soudain Zouc est réapparue

Frêle dans son corps meurtri, l’humoriste a suscité une énorme émotion, palpable dans les médias, en venant chercher au Noirmont (JU) son Prix jurassien des arts, des lettres et des sciences. Son impact semble rester majeur dans l’histoire du spectacle

«Ah Madame Von Allmen, comme vous nous avez manqué», dit une internaute du Matin… L’émotion est à son comble depuis ce mardi, l’amour intact pour elle. Oui, elle est énorme, cette émotion, d’avoir vu réapparaître Zouc, humoriste tant chérie, au Noirmont, où elle s’est vu remettre le Prix des arts, des lettres et des sciences 2015 par le gouvernement jurassien in corpore. Des lauriers qu’elle a touchés avec une infinie modestie: «Je n’ai rien fait et je repars avec des fleurs!»

«Je l’embrasse au passage…»

C’est ainsi, «sur cette boutade», que la cérémonie, brève, s’est achevée. Et qu’un autre lecteur du quotidien lausannois a exprimé son bonheur: «Je suis vraiment content d’avoir des nouvelles de Madame Zouc…, je l’embrasse au passage… et je retourne à l’école…;-)». 24 heures était aussi sur place, précisant que «les organisateurs n’étaient pas certains que l’auteure franc-montagnarde viendrait bien». «Des dizaines de journalistes et photographes avaient fait le déplacement», fait remarquer la radio RFJ. Et «c’est avec un mouchoir à la main et quelques larmes d’émotion qu’elle a accueilli les applaudissements de la salle».

Lire aussi: Le Jura honore Zouc, retrouvée vingt ans après

Le quotidien vaudois en tire un portrait, également publié dans la Tribune de Genève, qui arrache aussi les larmes: «La vie n’a pas gâté cette fille de famille pieuse, élevée à Saignelégier. Sa révolte, sa défense des minorités, mais surtout son immense sensibilité la mènent jusqu’à un hôpital psychiatrique. […] La jeune femme vit toujours sur un fil ténu entre dépression et création. Parce que Zouc, d’abord, est une auteure de sketches d’une précision chirurgicale, de portraits de personnages d’une finesse extrême.»

«Comme une petite fille»

Et puis, le physique, qu’elle avait pourtant puissant pour tenir le coup durant d’interminables tournées, a lâché: «Une opération d’un cancer en 1997 lui fait attraper des staphylocoques dorés. Il faudra neuf autres interventions pour en venir à bout, qui la laisseront sans force, des côtes et des bouts de poumons en moins. Elle a besoin d’assistance respiratoire, de soins intensifs tous les matins. Et la moindre infection lui serait sans doute fatale, ce qui la fait s’isoler des mondanités, elle qui était déjà d’une timidité rare.»

Sur sa page Facebook, Christine Salvadé, la cheffe de l’Office de la culture jurassien, l’ex-journaliste écrit qu’elle était «comme une petite fille devant cette si grande dame, qui a bien voulu faire une parenthèse dans sa retraite». Ce à quoi un autre journaliste répond qu’il a «encore en mémoire un de ses spectacles en 1977. Le jeune étudiant timide du collège de Saint-Maurice plié littéralement de rire et d’émotion! Son impact reste majeur dans l’histoire du spectacle vivant!» Même si «pour la nouvelle génération, le nom de Zouc ne signifie pas grand-chose», observe L’Express de Neuchâtel.

 

 

Donc «merci pour ce moment, ma foi très agréable»: c’est le titre de une du Quotidien jurassien. Qui, dans son éditorial, se souvient de Zouc racontant «des histoires en forçant (à peine) l’accent et les tics de langage de son coin de pays. […] Elle fait partie des très rares artistes jurassiens à s’être forgé un nom dans le vaste monde culturel francophone». Dans le Jura, on dit d’ailleurs «la Zouc». Et le ministre Michel Thentz de préciser: «La Zouc, not’Zouc».

Pour ce journal, «c’était un physique et une effronterie sans pareils, […], une incontestable visionnaire et pionnière du stand-up. […] une intelligence foudroyante pour reproduire avec une telle puissance et justesse clinico-pathologique les comportements de semblables que d’aucuns n’entrevoient pas même ou à peine!» Et «hier au Noirmont, tout le monde parlait doucement, plus doucement que cette immense dame qui rejoint le panthéon de la culture jurassienne». Doucement, comme dans les églises où l’on s’impose le respect.

Respect, oui. Et encore merci, Madame Von Allmen.

 

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