«M. Sarkozy n’était simplement pas fait pour ce job.» L’auteur de ce jugement est un chef d’entreprise parisien. «Electeur traditionnel de la droite», il explique dans Le Monde les raisons de son abstention au premier tour des régionales. Déçu, désillusionné; mais pas prêt à changer de rive. Comme des millions de bourgeois de la capitale et de province; comme des bataillons d’agriculteurs; comme une masse de petits, d’obscurs, de sans-grade excédés par des promesses passées à la trappe, par une gesticulation présidentielle inapte à produire de l’action. Le soufflé de 2007 est retombé.

Ayant potassé ferme les «éléments de langage» dictés par les communicants de l’Elysée, les ministres et les apparatchiks du parti majoritaire ont porté au seul compte de la crise la rouste de ce deuxième jour de printemps. La tourmente a ajouté au désarroi d’une population ballottée par la mondialisation. Le médiateur de la République, un chiraquien, a brossé en février un sombre tableau d’une «société fragmentée, inquiète et sans espérance». Il a estimé à 15 millions le nombre de personnes «pour lesquelles les fins de mois se jouent à 50 ou 150 euros près». N’appartiennent pas à cette catégorie les 7750 opérateurs des marchés financiers. Ils se partagent 1 milliard 750 mille euros de bonus. Parmi les plus favorisés figurent ceux d’une banque qui doit son salut à l’aide publique. La classe dite moyenne constate que les rodomontades anticapitalistes de l’ancien maire de Neuilly sont sans conséquences pour ceux qui devraient se sentir visés. Que sont devenues les déclarations où le candidat Sarkozy affirmait vouloir «plus de simplicité, plus de proximité, plus d’authenticité»?

Démenties par le choix de ses amis au sein du CAC 40 et le style de sa vie privée. Sa visite matinale, furtive et sous protection au Salon de l’agriculture illustre mal le désir d’aller au-devant de la France «qui se lève tôt»… et gagne moins.

Touché mais pas coulé, l’hyper-président est sommé de rééchelonner ses priorités et de modifier son comportement, si tant est qu’il le veuille et le puisse. Le rafistolage ministériel d’un lendemain de défaite n’intéresse que le microcosme politico-médiatique. Les Français sont las des sornettes et fariboles vendues à la sauvette. Les retombées sociales de la crise financière, les incertitudes du proche avenir, la conscience d’un glissement de leur influence sur la scène internationale les taraudent. Ils ont redonné du tonus à un Parti socialiste qui s’en allait en charpie sans pour autant le juger en mesure de les extraire de leur marasme. Ils vivent au jour le jour et ne prêtent guère d’attention à celles et ceux d’entre eux qui, percevant de sourds grondements dans les sous-sols de la nation, redoutent une explosion incontrôlée des frustrations socio-économiques.

Atteint d’une addiction aux sondages et études d’opinion, Nicolas Sarkozy n’ignore pas cette menace. Le temps lui est compté pour trouver une parade à une bourrasque qui l’emporterait.

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