«Maman, pourquoi je suis là? Toi qui es responsable de ma présence sur terre, explique-moi.» J’ai trois enfants. L’un d’eux, adolescent, m’a posé un jour cette question qui, évidemment, m’a laissée sans voix. Je me souviens qu’avec lui j’ai passé des soirées, des nuits, à admettre que la vie était pourrie, étriquée, injuste, mal pensée, mal sentie. Que les gens ne s’écoutent pas, ne se voient pas, foncent dans le mur, bousillent la planète avec le sentiment du devoir accompli. Que les manteaux que l’on porte sont soit trop larges et trop lourds, soit trop serrés et trop petits.

Lorsque j’ai tenté un pathétique «la vie est un miracle dont les bonheurs sont certes minuscules, mais intenses», j’ai reçu un dépité «mais maman, tu te rends compte que ta vie est minable? Qu’est-ce que tu auras fait pour l’humanité? Tu laisseras quoi à la postérité?»