Des lecteurs estiment que Le Temps ne devrait pas s’intéresser au «Megxit», à savoir ce schisme monarchique qui a vu le petit-fils de la reine Elisabeth II et son épouse Meghan annoncer qu’ils voulaient désormais vivre leur vie loin du palais. Le couple princier ne fait officiellement plus partie de la famille royale, a alors tranché la nonagénaire. Mais pourquoi reprocher à un journal de commenter et analyser une actualité qui, au-delà de son indéniable dimension people, est à sa manière symptomatique de la crise que traverse un royaume plus très uni?

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De mon côté, je ne peux m’empêcher d’imaginer Harry se décapsulant une bière en écoutant le God Save the Queen des Sex Pistols, cet hymne punk qui, en 1977, à l’occasion du 25e anniversaire du couronnement d’Elisabeth l’inusable, comparait la monarchie à un régime fasciste. Je visualise parfaitement cette image… que des hordes de photographes rêveraient probablement de prendre. Car le désormais ex-duc de Sussex et sa princesse américaine ont beau s’être installés au Canada dans le but d’y mener une vie «normale», notez bien les guillemets, ils n’en sont pas moins épiés par des paparazzis rêvant d’une photo qui ferait leur fortune à défaut de leur valoir un Pulitzer.

Les paparazzis nord-américains savent-il seulement que ce terme gazouillant qui les définit vient du nom d’un photographe fictif nommé Paparazzo. A savoir un personnage de La Dolce Vita, ce film d’une merveilleuse légèreté sorti il y a tout juste soixante ans et réalisé par un maestro dont on a célébré cette semaine le 100e anniversaire de la naissance. Lorsqu’il a décidé d’affubler le personnage incarné par Marcello Mastroianni d’un photographe prêt à tout pour un savoureux cliché, Federico Fellini ne se doutait probablement pas qu’il était en train d’inventer une profession.

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Comment appeler, en revanche, des policiers ayant pour mission de suivre non pas des célébrités, mais des gens tout ce qu’il y a de plus ordinaires, afin de collecter des informations sur leur vie privée? Présentée en ouverture des Journées de Soleure, la savoureuse comédie de Micha Lewinsky Moskau Einfach! ne répond pas à cette question, mais revient avec intelligence sur le scandale des fiches et la révélation, à la fin des années 1980, que la police fédérale suisse avait surveillé pendant des décennies des centaines de milliers de citoyens. Est-il préférable d’être publiquement harcelé ou observé en cachette? Vu que je suis ni connu ni fiché, je n’en ai aucune idée.


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