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En haute mer, des gens sont prêts à mourir pour quitter l’enfer libyen. Et on les intercepte, au mépris du droit international, pour les y ramener.
© ANGELOS TZORTZINIS / AFP Photo

Editorial

Sous-traitance en haute mer

EDITORIAL. Depuis que l'Italie et l'UE ont transféré la responsabilité des opérations de sauvetage en Méditerranée à la Libye, les migrants sont moins nombreux à débarquer dans la Péninsule. Mais, au large, les drames se poursuivent

A chaque saison estivale, c’est le même bal. Les ferrys s’entrecroisent entre les îles grecques, les bateaux de croisières font escale dans La Barceloneta, puis rembarquent pour déverser leur lot de touristes un peu plus loin, à Naples, Palerme ou Malte. En Méditerranée, tout est très bien organisé… Sauf le sauvetage des migrants qui fuient la Libye.

C’est le constat qui avait poussé un capitaine de la marine marchande, l’Allemand Klaus Vogel, à fonder l’ONG SOS Méditerranée, en 2015. Des dizaines de milliers de morts plus tard, le chaos s’est aggravé. Dans les eaux internationales, les gardes-côtes libyens ont redessiné les cartes, s’inventant une nouvelle zone d’influence, sous le regard complice de l’Union européenne et de l’Italie.

Lire aussi notre grand format: Piège en haute mer

Accordons-leur d’abord des circonstances atténuantes. A défaut d’être tolérable, le comportement du gouvernement italien est explicable. En proie à la poussée populiste, la Péninsule s’est sentie abandonnée par l’Union européenne, qui s’est révélée plus communautariste que communautaire. Du point de vue de sa politique intérieure, il est logique que Rome ait cherché à mieux répartir le poids migratoire entre pays membres, pour s’acheter un peu de paix sociale sur son sol.

La décision de sous-traiter au gouvernement de Fayez el-Sarraj, qui contrôle Tripoli, les interventions en mer a fonctionné: les arrivées sur les côtes siciliennes ont chuté depuis 2017. C’est ce que disent les statistiques officielles, qui servent aujourd’hui les deux courants populistes italiens, désormais alliés de gouvernement.

Toujours les mêmes drames

A quelques centaines de kilomètres, pourtant, la tragédie humaine continue de se jouer, avec à chaque fois les mêmes images, les mêmes histoires et les mêmes drames. Quand les embarcations de fortune ne font pas naufrage, ses passagers sont ramenés de force vers la Libye et ses camps d’infortune. Le lieu qu’ils tentaient précisément de fuir.

Avec ses vedettes ultrarapides, la nouvelle police des mers règne en Méditerranée centrale. En face, avec des moyens beaucoup plus réduits, les humanitaires offshore sont repoussés toujours plus loin dans les eaux internationales. Ils naviguent dans l’angoisse que chaque sortie en mer soit la dernière. Que les autorités italiennes ou européennes ne décident bientôt de leur interdire de quitter le port.

Sur le plan politique, la situation est extrêmement complexe. Les questions ouvertes restent nombreuses: comment différencier les migrants économiques des réfugiés? Qui doit les accueillir? Comment les intégrer? Qui doit payer?

En haute mer, l’équation, elle, est cruellement simple: des gens sont prêts à mourir pour quitter l’enfer libyen. Et on les intercepte, au mépris du droit international, pour les y ramener.

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