Entre un militant écologiste et un eurosceptique ardent, en passant par un pionnier des droits des homosexuels ou le maire de Varsovie, les 11 candidats à l’élection présidentielle polonaise de ce dimanche 28 juin forment un groupe très disparate. Le président sortant, Andrzej Duda, 48 ans, soutenu par le gouvernement national-conservateur Droit et justice (Prawo i Sprawiedliwosc, PiS), au pouvoir depuis 2015, brigue son second mandat:

Comme l’expliquait Le Temps il y a quelque trois semaines, Duda fait face à un rival principal, le maire libéral de Varsovie, Rafal Trzaskowski, 48 ans également, qui est appuyé par le plus grand parti d’opposition, la Plateforme civique (Platforma Obywatelska, PO). C’est rien de moins que la «bête noire» de l’establishment, comme le qualifiait récemment Ouest-France. Il est doté d’«un parcours sans-faute. Titulaire d’un doctorat en sciences politiques», il est pourtant «loin de faire l’unanimité», car il incarne aussi «l’élite déconnectée des préoccupations du peuple»…

… Sûr de lui, parfois taxé d’arrogance, il n’évite pas la confrontation, au contraire

Alors qu’une victoire de Duda «semblait acquise» au mois de mai, «les sondages le créditent actuellement de tout juste 40% des voix», et ce candidat-là le talonne, dit le site Eurotopics.net. «Ses chances au second tour, qui devrait avoir lieu le 12 juillet»? Il est donné «potentiellement victorieux» contre Duda, selon le site Ukraïnska Pravda. C’est en partie dû au fait que «les attaques anti-gay du chef de l’Etat ont déclenché des protestations en Pologne et à l’étranger», alors que son rival en a fait un argument de campagne. «Sous le mot d’ordre «On en a assez», […] il s’est engagé à réparer les liens avec Bruxelles», indique Le Figaro.

Parmi les outsiders, on trouve d’abord un journaliste devenu célèbre, Szymon Holownia, 43 ans, qui s’est fait un nom en tant qu’animateur de l’édition polonaise d’Incroyable Talent. Capitalisant sur cette renommée, il s’est lancé dans la politique en tant qu’indépendant, se déclarant catholique progressiste, et s’est hissé à la troisième position dans les sondages, soutenu par les électeurs à la recherche d’une alternative sur la scène politique extrêmement polarisée en Pologne. Fervent pro-européen, engagé dans des œuvres caritatives en Afrique, il est aussi végétarien et militant des droits des animaux.

Médecin originaire d’une famille profondément enracinée dans la campagne, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, 38 ans, dirige, lui, le Parti paysan polonais (Polskie Stronnictwo Ludowe, PSL), une petite formation de centre droit qui a le don de forger des coalitions à travers presque tout le spectre des partis politiques. Considéré comme prétendant très sérieux au début de la course, il a glissé depuis au quatrième rang. Selon les analystes, sa base d’électeurs ruraux a été récupérée par Duda.

Dans le contexte du soutien élevé des Polonais à l’Union européenne, le candidat d’extrême droite Krzysztof Bosak est un des rares politiciens du pays à plaider publiquement pour quitter le Berlaymont. Chef adjoint du parti parlementaire marginal Confédération, liberté et indépendance (Konfederacja Wolność i Niepodległość), à 38 ans, il veut – dans l’ordre de ses radicales priorités – rétablir la peine de mort, exclure l’égalité des droits pour les homosexuels et s’opposer aux indemnisations pour les biens juifs spoliés depuis la Seconde Guerre mondiale. Cet ancien gymnaste, passionné de planche à voile et libertaire économique, est classé cinquième de la course, selon les sondages.

Enfin, au sixième rang et tout à l’opposé, ardent défenseur des droits des LGBTQ et appelant la Pologne catholique à reconnaître les unions homosexuelles, Robert Biedron, 44 ans, est le premier candidat présidentiel ouvertement gay de Pologne. En 2011, il a été élu maire de la ville de Slupsk, puis, huit ans plus tard, député européen.

Athée, diplômé en sciences politiques, il est polyglotte: il parle anglais, français, italien, russe et même l’espéranto. Fondateur du nouveau parti Wiosna (Printemps), il est soutenu par une alliance de gauche. Il lutte en faveur des droits des femmes, de l’Etat de droit et de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Têtu, notamment, en a brossé le portrait.

Les autres candidats sont là pour la figuration, ils n’ont pas la moindre chance et, signe d’un pays encore passablement rétrograde sur la question, il n’y a aucune femme parmi eux. La seule qui était initialement en lice, Malgorzata Kidawa-Blonska, de Plateforme civique, y a renoncé juste après l’annonce du report du scrutin du 10 mai pour cause de pandémie, une fois qu’elle eut perdu la primaire contre le maire de Varsovie et que l’ex-président du Conseil européen, Donald Tusk, se fut lui-même retiré.

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Ce n’est d’ailleurs «pas pour rien que le parti au pouvoir tenait absolument à ce que le scrutin ait lieu en mai, de crainte que l’avance de son candidat Duda ne fonde comme neige au soleil. […] C’est ce qui s’est passé. […] Cette évolution s’explique par le fait que l’opposition de centre droit a choisi d’envoyer en lice un autre candidat [à la place de Malgorzata Kidawa-Blonska]. […] Au vu des préférences exprimées par les électeurs, une victoire de Rafał Trzaskowski au second tour n’est pas inenvisageable.» Autrement dit, explique l’hebdomadaire hongrois HVG360°:

Il y aura un nouveau duel entre les deux partis de droite PiS et PO, qui se livrent un combat farouche à chaque élection depuis 2005

On en est là. Entre-temps, un invité surprise a surgi comme un éléphant dans un magasin de porcelaine dans cette campagne déjà passablement agitée où l’on a échangé beaucoup de noms d’oiseaux: Donald Trump himself, comme le raconte Courrier international. En accueillant mercredi le président Duda à Washington, il lui a donné un coup de pouce politique inespéré alors qu’il est très critiqué par ses partenaires européens. Et que le débat fait rage avec Moscou sur les controverses historiques:

Mais cela «s’accompagne de coûteuses contreparties économiques et diplomatiques, déplore la presse polonaise». Et ce soutien à «l’ami européen» qui fait «un travail extraordinaire» en Pologne ne fait qu’ajouter du chaos dans les débats, déplore Le Monde.

Un privilège à double tranchant

«Beaucoup de choses sur l’économie, peu sur les sujets militaires» – notamment sur le fameux transfert annoncé de troupes américaines d’Allemagne vers la Pologne –, a commenté, ce jeudi, le quotidien Dziennik Gazeta Prawna, après ce «privilège», pour Duda, d’avoir été «le premier dirigeant étranger reçu à la Maison-Blanche depuis février et l’internationalisation de l’épidémie de Covid-19». En fait, «cette visite avait généré de grandes attentes, mais elle n’a donné lieu qu’à des déclarations très générales».

Du coup, le portail web polonais Wpolityce.pl conseille à l’équipe d’Andrzej Duda de veiller à faire des choix avisés: «Soit attaquer Trzaskowski sur un certain nombre de points ciblés, soit ne pas le considérer comme un rival. A mener l’offensive sur trop de fronts à la fois, Duda et les siens se causeraient du tort, comme un enfant qui enquiquine son père en le tarabustant de demandes incessantes. Ce faisant, ils pourraient même souffler dans les voiles de Trzaskowski. […] Actuellement, le camp du gouvernement émet tellement de messages simultanés qu’il finit par saturer l’opinion, qui a une capacité d’absorption limitée.»


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