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Le «Summer of Love» a été récupéré jusque dans les pubs pour le «Cenovis» anglo-saxon.
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Revue de presse

Souvenirs de l’été 1967 et des trips multisensoriels du Summer of Love

La déferlante hippie qui a suivi le festival de Monterey cette année-là a été beaucoup idéalisée. En réalité, le Flower Power était en train d’agoniser

Depuis 6h24 ce mercredi matin, c’est l’été. L’été 2017, exactement cinquante ans après ce que l’on a appelé, en 1967, le «Summer of Love» (voir le sujet d’Arte). Une saison pour l’amour très idéalisée, avec cette «déferlante hippie» qui submerge la ville de San Francisco. Plus particulièrement le quartier de Haight-Ashbury, où des milliers de jeunes du monde entier se réunissent librement pour «une nouvelle expérience sociale», faisant ainsi découvrir au public leur «contre-culture». Mais comme le raconte Courrier international – l’Histoire ne retenant que ce qu’elle veut bien retenir – 1967 «a plutôt signé la fin du mouvement» des flower children «que son commencement».

La «Great Ontological Destabilization»

Au point que ce média très référentiel et respecté ose écrire que «le Summer of Love n’a jamais eu lieu. Oui, il s’est bel et bien passé quelque chose à San Francisco à l’été 1967, il y a cinquante ans, mais cela n’avait rien à voir avec le paradis idyllique et utopique qu’en a gardé la mémoire collective. […] A l’aube de ce fameux été 1967, les hippies n’étaient déjà plus les bienvenus à San Francisco.» D’ailleurs, aujourd’hui comme hier, on parle plutôt de «jeunes vagabonds marginaux et mal fagotés», encore frappés du syndrome de la «Great Ontological Destabilization», comme le décrit un article impitoyable de The Atlantic.

L’aiguillon du Vietnam

«Dès 1965, la jeunesse des campus», issue de familles de la classe moyenne, rejette le conservatisme de la génération précédente et «s’insurge contre la guerre du Vietnam», rappellent Les Inrocks, qui publient un hors-série commémoratif. «En novembre de cette année, Allen Ginsberg théorise dans Demonstration or Spectacle As Example, As Communication or How to Make a March/Spectacle la capacité des fleurs à désamorcer la violence. Le 14 janvier 1967, ce même Ginsberg participe à un rassemblement destiné à fédérer les tribus contestataires de San Francisco: lors du Human Be-In, les vétérans de la scène beat […] fraternisent […] avec les activistes de Berkeley et les hippies» de San Francisco.

Une «mini-Sodome»? «En août, George Harrison, le guitariste des Beatles en visite» sur place, s’est «retrouvé suivi, tel le joueur de flûte de Hamelin, par un cortège d’épaves en tous genres. Il dira plus tard que cela l’a dégoûté de prendre de la drogue pour le restant de ses jours.» Les enfants-fleurs «avaient été remplacés par des sans-abri, et tout ce petit monde libertaire» de l’été 66 – le précédent, donc – à la rencontre duquel étaient venus tous ces gens, «était parti vers les collines».

En octobre, la mort du hippie

Lorsque cet été arrive, lit-on dans 20 minutes, ils sont près de 100 000 à Haight-Ashbury, là où, rêvent-ils, «la nourriture est gratuite, tout comme les drogues, et l’amour – et surtout les relations sexuelles – libre», la nudité encouragée. Cet «afflux massif» a alors «très vite posé des problèmes»: «Le quartier se détériore […] sous l’effet de la surpopulation. Des problèmes, bien concrets, de logement, nourriture et hausse de la criminalité sonnent le réveil de bon nombre de hippies. Une majorité des adeptes du Flower Power jettent simplement l’éponge et retournent à leurs études. Le 6 octobre 1967, les rescapés qui demeurent à Haight-Ashbury mettent en scène la mort du hippie, pour symboliser la fin du Summer of Love.»

Le «prodige» de Monterey

Il faut dire cependant que tout n’était pas si mal parti. Du 16 au 18 juin se déroule non loin de là le désormais mythique Festival international de musique pop de Monterey, où tous les artistes jouent gratuitement, les recettes étant reversées à des œuvres de charité. Jimi Hendrix, les Who, Janis Joplin, Otis Redding, Ravi Shankar, excusez du peu. Acclamée comme un prodige d’organisation et de coopération, la manifestation est depuis considérée comme le premier événement musical à incarner les valeurs et les idées de la contre-culture naissante et signe le départ de ce fameux Summer of Love. Woodstock s’en inspirera largement.

San Francisco fête ce jubilé avec toutes sortes de manifestations, écrit Le Monde. Qui se souvient de ces filles qui «avaient des fleurs dans les cheveux, des robes longues, rien qui entravait leur poitrine. Grateful Dead et Jefferson Airplane faisaient l’apologie des «trips» multisensoriels.» Cet été 2017, «la commémoration va durer jusqu’à l’automne. Une agence de tourisme propose un «tour» dans un minibus VW de l’époque, décoré de couleurs psychédéliques, […] à la mesure des délires du moment.» La jeunesse mondiale avait eu la «révélation de l’unité spirituelle de tous les hommes et femmes, de toutes les races», dit un manifeste.

Des diplômes d’«acid test»

Côté drogue aussi, «c’était la folie. Timothy Leary avait inauguré les expériences d’élargissement de la conscience grâce au LSD – qui ne fut interdit que fin 1967. Le groupe des Merry Pranksters circulait dans un bus rouge qui offrait des doses à qui voulait essayer. On en sortait avec un «diplôme d’acid test.» Une hallucination collective que le quartier de Haight-Ashbury se rappelle. Il «n’a pour ainsi dire pas changé, à part les prix devenus prohibitifs. Les jeunes routards déambulent avec leur sac à dos parmi les boutiques d’encens, de tissus indiens ou de bijoux tibétains.» Ils sèchent encore une larme sur l’autre jubilé, celui de l’année de parution de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band:

Si, cinquante ans après, la Californie reste un bastion de la contestation contre Donald Trump, «les bohémiens d’aujourd’hui sont devenus bobos». Mais «la génération du Summer of Love peut être remerciée: «Nous avons fait tomber des présidents, lancé tous ces mouvements: le free speech, l’écologie, le féminisme. Toute une génération s’est réveillée et s’est rendu compte qu’il y avait autre chose dans la vie que de rester toute sa vie assis à un bureau», décrit […] un organisateur de concert qui a essayé de monter une réplique cet été […], mais qui s’est vu dénier l’autorisation par la municipalité, pour des raisons de sécurité.»


A lire aussi, dans les archives du «Temps»:

Des fleurs pour changer l'Amérique, par Claude Monnier («Journal de Genève», 03.01.1968)

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