Les partisans du Brexit ont prétendu qu’en rompant avec l’Union européenne, le Royaume-Uni allait retrouver la pleine maîtrise de sa souveraineté, n’étant plus assujetti aux règles juridiques inhérentes à la condition de membre de l’Union européenne. Ils ont ainsi trahi leur ignorance de la doctrine de la souveraineté, dont Thomas Hobbes fut l’un des principaux fondateurs. Son ouvrage de théorie politique, Léviathan, qu’il rédige alors qu’il s’est réfugié en France pour échapper aux désordres régnant en Angleterre, porte sur la nature du lien social et les conditions de son maintien. Une société qui n’est pas ordonnée par un pouvoir souverain sombre dans l’anarchie, situation où l’homme devient un «loup pour l’homme». Pour éviter cet écueil, les individus n’ont d’autre choix que d’aliéner une partie de leur liberté en confiant au monarque la charge d’assurer la paix civile et la défense de leur royaume.

Les révolutions du XVIIIe siècle ont modifié les systèmes de légitimation du pouvoir. La doctrine de la souveraineté nationale confère au peuple l’élaboration de ses lois et l’administration de la justice. Rousseau situe l’origine de la souveraineté dans une «volonté générale» qui naîtrait d’un contrat social inaliénable. Cette perspective débouchera sur la Terreur. Selon Sieyès la souveraineté ne peut s’exercer sans la médiation de représentants du peuple.