Editorial

Le sparadrap du capitaine Burkhalter, démissionnaire

L’accord ambitieux dont le Neuchâtelois rêvait avec l’Union européenne est devenu un boulet. Trop exposé, trop sollicité, Didier Burkhalter préfère retourner dans l’ombre. Notre éditorial

Didier Burkhalter a-t-il vraiment eu envie de devenir conseiller fédéral? Probablement pas. En 2009, après l’annonce de la démission de Pascal Couchepin, il a hésité, il a beaucoup hésité, il a même renoncé avant de changer d’avis. Convaincu par ses pairs, poussé par son canton, il s’est lancé et a été élu.

Les débuts furent compliqués, à la tête d’un Département de l’intérieur qui ne l’intéressait guère et où ce fan de football encaissa d’entrée un autogoal préparé par son prédécesseur: l’échec de la baisse du taux de conversion du deuxième pilier. Son passage aux Affaires étrangères en 2012 lui ouvrit de nouveaux horizons et il prit davantage de plaisir dans sa fonction. L’année 2014 restera celle de tous les contrastes. Côté pile: il était à la fois président de la Confédération et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), où il permit à la Suisse s’exercer avec succès son rôle de médiatrice et de pacificatrice. Côté face: 2014 fut aussi l’année de l’adoption de l’initiative sur l’immigration, et l’on a le sentiment qu’il ne s’en est jamais remis.

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Ce vote est intervenu à un moment où il était déjà en délicatesse avec son projet d’accord institutionnel entre la Suisse et l’UE, présenté deux mois plus tôt. Convaincu par son controversé secrétaire d’Etat Yves Rossier, il avait fait adopter par le Conseil fédéral en décembre 2014 un mandat de négociation qui faisait de la Cour de justice de l’UE l’instance d’arbitrage des différends. Il n’en fallut pas davantage pour déclencher la guerre des juges étrangers, concrétisée dans une nouvelle initiative de l’UDC.

Didier Burkhalter s’est par la suite arc-bouté sur cette position, à tel point que l’accord institutionnel et la question des juges étrangers lui collent à la peau comme le sparadrap du capitaine Haddock. En décidant de quitter le Conseil fédéral, il lâche prise, une attitude finalement peu suisse, mais il permet de dépersonnaliser cette question et se débarrasse d’un boulet devenu aussi pesant que frustrant pour cet éternel optimiste.

Le moment surprend cependant. Il est symbolique: Didier Burkhalter choisit le même calendrier que Pascal Couchepin – annonce en juin pour départ à fin octobre – et aura passé très exactement huit ans au gouvernement. Un gouvernement où il s’est sans doute senti trop visible, trop exposé, trop sollicité par des médias avides d’explications sur un dossier européen qui s’embourbait de plus en plus. Il préfère retourner dans cette ombre qu’il chérit. C’est son choix.

Il laissera l’image d’un politicien loyal, très attaché aux institutions. Ses rapports avec les médias seront restés paradoxaux: il se méfiait d’eux, était hanté par la crainte d’accorder la moindre faveur, mais, au fil du temps, il a mieux réussi à se faire comprendre et à faire comprendre son profond sens de l’autodérision.

 

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