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Le procureur Yves Bertossa.
© Harold Cunningham / AFP Photo

Editorial

Sperisen, un procès essentiel 

EDITORIAL. Faut-il renoncer à poursuivre les auteurs potentiels de crimes commis à l’étranger car le résultat est forcément plus aléatoire et le risque financier plus grand? La réponse est assurément négative

La voie était étroite mais la justice genevoise ne s’est pas dérobée. Erwin Sperisen écope d’une peine de 15 ans pour avoir été le complice des terribles crimes commis au Guatemala alors qu’il dirigeait la police nationale. Les exigences de preuves très élevées, posées dans cette affaire sensible par le Tribunal fédéral, rendaient l’exercice d’un nouveau verdict de culpabilité plutôt acrobatique. Même si la réalité des exécutions sommaires de détenus, opérées par un commando et supervisées avec satisfaction par la hiérarchie, a été confirmée par ce même arrêt suprême.

Lire aussi: A Genève, Erwin Sperisen est déclaré un peu moins coupable

Toute cette procédure démontre une fois encore qu’il est beaucoup plus difficile — mais pas impossible — de juger les responsables haut placés et d’apporter la démonstration de leur implication dans des atrocités. Une tâche rendue encore plus complexe ici en raison du temps écoulé, de l’éloignement géographique, de l’élimination des acteurs gênants, d’un contexte miné par les règlements de comptes et de procès tenus dans quatre pays différents.

Vingt ans après l’affaire Mikhaïlov, du nom de ce présumé gros bonnet de la mafia russe acquitté à Genève avec une solide indemnité à la clé, l’affaire guatémaltèque commençait aussi à symboliser, dans l’esprit d’une opinion publique peu informée, les travers d’une justice trop volontariste et coûteuse. Comme un clin d’œil de l’histoire, le juge d’instruction du dossier Mikhaïlov, retourné dans le privé, a siégé comme assesseur à ce procès d’Erwin Sperisen.

Version adoucie

Si les deux dossiers sont incomparables, la grande question qui revient sans cesse est la même. Faut-il renoncer à poursuivre les auteurs potentiels de crimes commis à l’étranger car le résultat est forcément plus aléatoire et le risque financier plus grand? La réponse est assurément négative. Dans le cas d’Erwin Sperisen, qui possède aussi la nationalité suisse et ne peut dès lors être extradé, cette procédure s’imposait encore plus, tant du point de vue de la gravité des actes que de l’obligation de ne pas laisser de tels crimes impunis. Le Tribunal fédéral n’a d’ailleurs cessé de le dire en confirmant durant cinq ans le sérieux des charges et la prolongation de la détention provisoire.

Le Ministère public n’avait donc pas à détourner le regard de ces crimes lointains. Il a mis du cœur à l’ouvrage et cette troisième condamnation lui donne encore une fois raison même si la culpabilité d’Erwin Sperisen, désormais qualifié de complice, est jugée un peu moins importante. Il faudra certes encore patienter pour savoir si cette version adoucie répond aux attentes du Tribunal fédéral. D’ici là, «le Viking», tel qu’il était surnommé du temps de son pouvoir, pourra continuer à maudire publiquement la justice genevoise. Sans convaincre davantage.

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