Non, la sécurité publique ne passe pas avant la vie privée. La sécurité publique passe par la vie privée. Et réciproquement. Sécurité et vie privée sont les deux faces d’une même pièce: la liberté. Sécurité, vie privée, liberté… Au lieu de les associer, ces jours, le monde politique oppose ces valeurs complémentaires et indissociables. Faire primer l’un sur l’autre est un non-sens, résolument contre-productif.

Une fois de plus, le débat politique est dépassé par la révolution numérique en cours et la société du «big data». Les données que nous émettons massivement, toutes ces traces que laisse notre vie numérique, de notre dossier médical à nos derniers achats, en passant par nos passions ou notre rythme cardiaque. Des informations intimes, vitales ou potentiellement dangereuses. Il est impératif que cette société numérique repose sur une base de confiance des citoyens: nos données doivent être a priori inviolables. Sans quoi le système s’effondre.

Or, cette confiance n’existe pas aujourd’hui. Il faut la mettre en place. La révision de la loi sur la protection des données doit aller dans ce sens. Elle doit renforcer notre sphère privée, et consolider notre confiance dans ce nouveau monde, en commençant par admettre que nos données nous appartiennent. Que ce soit mes communications, mon code génétique ou mes prochaines vacances. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui. Mes données appartiennent à l’Etat, à Google, à tout le monde, en fait, mais… pas à moi. Ceci doit changer. Nous devons redéfinir notre relation aux données. Plus qu’un simple toilettage de la loi, il faut un «new deal» sur les données. De nouvelles bases.

En parallèle, nous devons aussi assurer la sécurité des citoyens. En détectant par exemple les données suspectes. Nos entreprises sont quotidiennement attaquées par des cyber-terroristes ou des cyber-mafieux. Les attentats de Paris se préparent - et se repèrent - numériquement. Les organisations terroristes recrutent et communiquent numériquement. Notre défense est donc forcément numérique, elle aussi. Notre sécurité passe ainsi par un traitement spécifique de ce que nous appelons nos «données», celles de nos voisins, ou celles de terroristes. La criminalité informatique croît à un rythme proportionnel à la numérisation de la société.

Nos données doivent être inviolables, disais-je plus haut. Ajoutons: «Tant qu'on respecte la loi». Comme dans le monde non-numérique. L’Etat et nos services de renseignements doivent disposer de moyens efficaces contre la criminalité. Le respect de ma sphère privée passe par une sécurisation de l’univers numérique. Les révisions législatives en cours vont dans le bon sens, sans aller trop loin. Comme l’admet le suppléant du préposé à la protection des données, Jean-Philippe Walter, dans le Temps du 24 août, «la loi sur le renseignement et la loi sur la surveillance de la correspondance par poste et télécommunication contiennent un certain nombre de garde-fous qui garantissent la protection des individus. Ces lois ne sont pas des blancs-seings donnés aux autorités de poursuite. Il y a tout un arsenal de contrôle politique et juridique mis en place en amont et en aval». Dont acte.

Nous vivons une révolution numérique. De nouvelles libertés, de nouveaux espoirs, et de nouvelles menaces. Nous devons ainsi à la fois renforcer la protection des données et la lutte contre la cybercriminalité. Les deux ne sont pas incompatibles. Au contraire: elles sont complémentaires. Cette approche globale est indispensable pour apporter de vrais réponses aux défis du monde numérique dans lequel nous entrons. Malheureusement, le débat politique piétine, englué dans les dogmes, entre les «sécuritaires» et les «libertaires». Il faut dépasser ces oppositions stériles, et mettre en place un «new deal» pour les données . Dans un contexte vieux comme le monde : notre exigence de liberté et de sécurité. Ce n’est pas l’un ou l’autre, ni l’un contre l’autre. Mais les deux, ensemble. Les trois, même: liberté, vie privée, sécurité.

Lire l'opinion de Alexandre Vautravers : « Pourquoi il est nécessaire de renforcer nos services de renseignement»

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