Huit mois. Cela fait huit mois que l’opposition syrienne est dans la rue. D’abord, elle voulait des réformes. Aujourd’hui, seul le départ de Bachar el-Assad pourrait la satisfaire. D’abord, elle était pacifique. Elle est de plus en plus militaire, les déserteurs retournant leurs armes contre les blindés qui encerclent les villes insurgées. Le cycle de la violence se fait chaque jour plus sanglant. Comment en sortir? Bien que de plus en plus isolé, le lionceau de Damas ne s’en ira pas de son propre gré. Ce n’est pas le conseil de son voisin, le roi de Jordanie, qui peut le convaincre d’abdiquer. Ni les menaces turques ou les accusations occidentales. Pas même les pressions de la Ligue arabe, qui a confirmé la suspension de la Syrie et des sanctions à venir.

Bachar el-Assad ne cédera pas tant qu’il bénéficiera d’un soutien – sans doute minoritaire mais bien réel – au sein de sa propre population; tant que le parrain russe lui assurera l’impunité au sein de la communauté internationale. L’opposition, que ce soit le Conseil national syrien ou l’Armée syrienne libre, n’est pas en mesure aujourd’hui de faire la différence face à une armée aguerrie à la lutte contre la rébellion.

Le risque, aujourd’hui, est celui d’une guerre civile entre deux camps de moins en moins susceptibles de compromis. Désormais, l’opposition évoque la nécessité d’un scénario libyen, avec une zone d’exclusion aérienne, offrant une base arrière aux rebelles en armes. Mais l’intervention libyenne, sous l’égide de l’ONU au nom du devoir de protection des civils, sera difficile à dupliquer. Le contexte géopolitique est ici bien plus complexe et explosif pour la sécurité mondiale. Les Etats-Unis ne veulent pas d’une guerre, les Européens n’ont pas les moyens d’agir et la Turquie a beau dénoncer l’hypocrisie occidentale, elle n’est pas davantage prête à frapper. Quant à la Ligue arabe, elle apparaît trop divisée pour intervenir. Seule la Russie peut forcer son allié à partir. Le dialogue qu’elle vient d’instaurer avec des représentants de l’opposition est peut-être un premier pas en ce sens. ö Page 3

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