La descente du Lauberhorn fait partie des rares événements populaires autour desquels s’opère dans ce pays une véritable communion populaire. Chaque année, la mythique épreuve réunit par écrans interposés Romands et Alémaniques, petits et grands, givrés de sport et amateurs plus ponctuels. Elle est importante pour entretenir la gloire du ski alpin, autant que pour soigner l’image de la Suisse, du canton de Berne, de l’Oberland et de la station de Wengen. C’est dire si elle n’est pas annulée à la légère. Il a pourtant fallu s’y résoudre.

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Depuis quelques mois, le sport professionnel a trouvé le moyen d’exister au temps de la pandémie grâce au concept de bulle sanitaire. On la conçoit hermétique. On n’y laisse entrer que celui qui produit un test de dépistage négatif. Et à l’intérieur, on vit (presque) comme si de rien n’était. Et ça marche! Le sérieux des protocoles a permis à des sports aussi différents que le basketball ou le cyclisme de mener à bien des compétitions alors que la crise faisait rage. Et le ski alpin s’en sort plutôt bien aussi. Il y a peu de cas de Covid-19 parmi les athlètes et aucune course n’avait fait les frais de la pandémie jusqu’à ce lundi. Jusqu’aux épreuves du Lauberhorn.

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La défiance des Japonais

La bulle n’aurait-elle pas tenu à Wengen, une station qui traverse une période difficile sur le front du virus depuis la mi-décembre et les vacances à la neige de touristes britanniques? C’est en tout cas par peur de ne pas pouvoir protéger les skieurs et leurs accompagnateurs que le canton de Berne a retiré l’autorisation d’organiser les courses. Mais il y a autre chose. Comment justifier une grande manifestation sportive, qui garde même à huis clos des relents de fête, dans un village où la population est fermement appelée à rester à la maison pour permettre de maîtriser la situation sanitaire?

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A des milliers de kilomètres de là, le Japon voit les contaminations augmenter au même rythme que la défiance à l’égard des Jeux olympiques de Tokyo. Selon un récent sondage de l’agence Kyodo News, plus de 80% des habitants souhaiteraient un nouveau report ou une annulation pure et simple. Le sport a bien raison de se protéger, et avec lui son industrie, et tous les emplois qui en dépendent. Mais il ne doit jamais oublier que, de l’extérieur de la bulle, le monde le regarde.

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