Cela fait des lustres que le sport de compétition défraye la chronique pour le dopage endémique de ses athlètes, mais la corruption de ses structures faîtières est bien plus scandaleuse encore. Dans ce domaine, tous les acteurs sont complices, les fédérations, le CIO, les médecins, les pharmas, les clubs et, surtout, les Etats. Les athlètes, au fond, sont les moins condamnables en cela qu’ils sont la chair à canon d’un système qui leur fait miroiter une gloire éphémère avant de les broyer.

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A notre époque où une information chasse l’autre, le public manque de synthèse et un récapitulatif est indispensable, quoique fastidieux. En 2013 éclate l’affaire Armstrong qui révèle la coupable complaisance de l’UCI à son égard. Cette même année, l’Aïcar, une nouvelle molécule aux effets secondaires hautement problématiques fait son apparition publique. Sans omettre l’affaire Puerto, qui voit le Dr Fuentes être condamné à un an de prison (sic)! Cette année-là, Transparency International publie un dossier sur la corruption dans le sport, accablant mais vite oublié.

Cela n’étonne plus personne

En 2014, les JO de Sotchi mais aussi le Mondial de Rio donnent lieu à d’innombrables critiques pour corruption, gigantisme, atteintes à l’environnement, budgets délirants. Qu’importe puisque tous ces constats reviennent en boucle de quatre ans en quatre ans, sans que rien ne change. En 2015, c’est la FIFA qui tient le haut du pavé, avec Sepp Blatter dans le rôle principal et quelques seconds rôles aussi corrompus que lui. Platini est éclaboussé et c’est Infantino qui sera finalement élu avec des promesses de transparence dont on verra plus tard ce qu’elles valaient.

La fédération d’athlétisme (IAAF) fait aussi parler d’elle avec ses hauts responsables, en particulier son ancien président Lamine Diack, qui sont soupçonnés d’avoir reçu de considérables sommes d’argent pour couvrir les pratiques dopantes des athlètes russes. Le CIO n’est pas en reste puisque la justice française enquête à partir de décembre cette année-là sur des soupçons de corruption dans l’attribution des JO de Rio et de Tokyo et, pour tout dire, cela n’étonne plus personne!

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En 2016, c’est le Calcio qui se révèle de mèche avec du très beau monde, rien moins que la Camorra napolitaine, et six clubs de première division sont visés par la justice pour organisation de matches présumés truqués. Le tennis connaît aussi quelques remous liés à des résultats présumés arrangés. Puis, retour sur l’athlétisme car 150 sportifs de haut niveau auraient été scientifiquement dopés par un médecin londonien, sans être inquiétés pour autant. En septembre, c’est huit hauts managers du football anglais qui sont dénoncés pour avoir bénéficié de pots-de-vin lors de transferts de joueurs. En juin, une perquisition chez Markus Kattner, directeur financier de la FIFA depuis 2003, met à jour des contrats cachés d’une valeur de 80 millions de francs en sa faveur, celle de Sepp Blatter et de Jérôme Valcke.

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Aux Etats d’agir

En 2017 enfin, les projecteurs sont toujours fixés sur la FIFA puisque Gianni Infantino démet séance tenante le chef de la Chambre d’investigation de la commission d’éthique, Cornel Borbély, ainsi que tous ses enquêteurs. Il faut dire que ces messieurs avaient pris leur tâche à cœur et avaient vraiment investigué. Ce n’est apparemment pas ce qu’on attendait d’eux! Reste à écouter Borbély qui appelle de ses vœux une pression de la part du milieu politique, du parlement et du gouvernement, ce d’autant que la FIFA est une association suisse insiste-t-il.

Il faut, c’est une évidence, un contre-pouvoir au monde du sport, qui vit en vase clos et reste incapable, depuis tant années, de se réformer. Cette pression ne peut désormais venir que des Etats, le gouvernement suisse en particulier qui ne peut plus continuer à ignorer les scandales, même si cela va contre ses intérêts à court terme dès lors que tant de structures sportives résident sur son sol. A notre époque où la moralisation et la transparence sont dans toutes les bouches, fermer les yeux sur les pratiques du sport devient indécent.