La paix olympique n'existe pas. On a beau l'espérer, on l'attend en vain. Non que les sportifs s'entre-tuent sur les stades. Mais le sport – même s'il n'est pas la guerre – est l'endroit où se jouent les violences qui nous habitent. Ce jeu pourrait nous civiliser s'il nous évitait de passer à l'acte. Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas.

L'équipe nationale suisse de football dispute ce soir mercredi un match amical en Irlande du Nord, sur un terrain qui a été l'un des théâtres du long affrontement entre les communautés catholiques et protestantes. Là-bas, les chants reflètent la cruauté des conflits, comme ces paroles scandées par les supporters de l'équipe nationale d'Irlande du Nord, en majorité protestants: «Nous trempons jusqu'au cou dans le sang catholique, rendez-vous ou vous mourrez».

La violence de ces paroles frappe, parce qu'elle correspond à la réalité d'événements dont on espère qu'ils prendront fin avec l'accord conclu il y a quelques jours. Cette violence, il est possible de l'entendre sur les stades du monde entier. Et partout, à l'entendre, on se demande si la frontière qui sépare l'invocation symbolique ne finira pas par se transformer en actes irréversibles.

Les ennemis du sport le condamnent au nom de la violence qu'il suscite. Ceux qui l'aiment rêvent de le protéger de tous ses excès. Ils voudraient que les compétitions soient des trêves et les stades des lieux de fraternité. Ils s'insurgent chaque fois qu'un politicien s'y intéresse de trop près, ou qu'un groupe d'individus tente de s'en servir comme d'une tribune.

Le sport ressemble trop à la politique pour pouvoir en être durablement séparé. Il n'y aurait aucune raison de s'en plaindre si l'un et l'autre jouaient leur rôle. La politique permettrait à l'humanité de résoudre ses conflits sans en passer par la guerre. Et le sport de les vivre sans sombrer dans la violence.

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