A la SSR, on serre les rangs. Dans l’audiovisuel public, l’accession de Pascal Crittin à la tête de la RTS montre à quel point il est nécessaire d’assurer sa propre stabilité. Au niveau de l’ensemble de l’édifice, la SSR apparaît comme une citadelle assiégée qui se prépare à la sanglante mêlée à venir, semblable à celles de la série Game of Thrones qui fait bondir ses audiences TV. Bientôt viendra la mère des batailles, la justification de la redevance.

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De quoi ricaner?

Les contempteurs peuvent ricaner. Pascal Crittin, le bras droit de Gilles Marchand, est adoubé par un comité emmené par le PDC Jean-François Roth, lequel siège aussi au conseil de la SSR, que préside le PDC Jean-Michel Cina, sous la tutelle de la PDC Doris Leuthard. Dès octobre, la maison mère sera pilotée par Gilles Marchand, qui faisait événement il y a 16 ans en venant de Ringier (coéditeur du Temps) pour diriger la radio-TV romande; dans les mois à venir, il affrontera les tensions avec le patron de la grande sœur alémanique SRF, Ruedi Matter, lui aussi passé par Ringier. A la SSR, on se succède en famille, et on se connaît bien.

Ces accointances paraissent toutefois plus objectives que coupables. La réalité est que la SSR a peur, et qu’elle se recroqueville pour mieux se défendre. Dans le paysage médiatique suisse, les éditeurs privés blêmissement chaque mois davantage face à la chute mondiale des recettes publicitaires. La radio-TV nationale, elle, s’offre une panique plus helvétique, celle d’un scrutin populaire. A la fin de cette année au plus tôt, ou l’an prochain, l’initiative «No Billag» sera soumise au verdict populaire. Cette remise en cause radicale de l’audiovisuel public bouleverse une institution qui jusqu’ici, n’a jamais vraiment dû légitimer sa constante expansion.

Sécuriser le flanc romand

Alors que la citadelle prend feu sur le flanc alémanique, il ne fallait pas agiter le front romand. Ainsi s'explique le choix prudent du chef des affaires internes. L’ironie de l’histoire veut que Pascal Crittin a dirigé Espace 2, frêle chaîne de luths, sans cesse remise en cause pour la modestie de son audience.

Bien sûr, le nouveau patron a ses projets pour la RTS, défendables, marqués par l’air électronique du temps. Mais lors de l’annonce de sa promotion, ni lui-même, ni Jean-François Roth, ni Gilles Marchand n’ont pu s’empêcher de parler de «No Billag», le bélier grimaçant qui menace le donjon.

Une cote de maille maison

Choisir Pascal Crittin consiste à opter pour une solide cote de maille tressée à l’interne pendant 15 années. C’est un message politique. La RTS – et par là, la future SSR de Gilles Marchand – brandit «Passe-moi les jumelles» devant les guerriers qui veulent arracher des pans de football ou de séries américaines au service public pour en garnir les diffuseurs privés. A la SSR, on serre les rangs, face aux dragons.

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