Le débat sur la SSR prend une tournure navrante. Les anti-SSR et les sceptiques gigotent en tous sens: untel veut supprimer Billag, un autre veut couper des chaînes, un troisième ne veut de la Formule 1 que sur les chaînes privées… Opposants historiques, les éditeurs de presse sont inaudibles. Ringier – copropriétaire du Temps dans Ringier Axel Springer – s’acoquine avec la vénérable entreprise publique pour la publicité, entre autres, ce qui déstabilise le marché. Les autres groupes de presse s’en plaignent, mais n’apportent pas d’idées neuves.

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La SSR, vieille tante qui se farde

De son côté, la SSR multiplie les alliances, ouvre ses images à certains éditeurs, lance même un quiz qu’elle présente un outil d’intégration pour les étrangers, appel à se faire tancer par la droite souverainiste qui la déteste déjà suffisamment. Ces jours, la SSR est comme la vieille tante poilue qui se farde à outrance pour le bal, voulant croire que ses lèvres luisantes émoustilleront les danseurs.

Et il faut souligner les différences régionales. En Suisse alémanique, la controverse fait rage parce qu’il existe de réels concurrents. Dans la zone francophone, avec des télévisions locales exsangues, la RTS se fait matrone de l’audiovisuel, régnant sur ce coin de la ferme nationale.

Au citoyen de jouer

Conséquence, le citoyen doit organiser lui-même la polémique. La semaine prochaine, le parlement débattra de motions qui auront peu d’effet, peut-être la suppression de chaînes de radio telles qu’Option musique – de petits budgets dans l’ensemble SSR, 1,7 milliard de francs par année.

Puis il y aura le vote sur l’initiative «No Billag». Là se jouera vraiment le débat sur le service public audiovisuel. Les Suisses veulent-ils vraiment priver la SSR de la redevance – qu’en 2016, de justesse, ils ont accepté de rendre universelle? Cela tuerait la SSR. Elle ne mérite certainement pas ce sort. Voudra-t-on discuter du périmètre, décider si le foot, les séries, etc., relèvent ou non du service public? L’enlisement est garanti.

La publicité ou le nombre de chaînes

Restent les questions de la publicité et du nombre de chaînes. Frileux, les médias privés n’osent pas poser la première, de peur d’être accusés de corporatisme; mais elle reste pertinente.

La seconde également. Au fil des décennies, la SSR a toujours mis sa tutelle, et le public, les pieds au mur, créant des canaux quand bon lui semble, puis réclamant des hausses de redevance. A présent que les recettes publiques sont sanctifiées, mais politiquement impossibles à augmenter, le géant public devra bien repenser l'étendue de son offre.

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