Le projet était ambitieux, nécessaire et très attendu. C'était en 2000. Le Conseil fédéral se lançait dans une profonde révision de la loi sur la radio et la télévision (LRTV). Cinq ans plus tard, le résultat est navrant. Non seulement une définition précise du service public a été abandonnée en route, mais la quasi-totalité des 119 articles de loi figent peu ou prou le paysage et sont muets sur l'essentiel, l'arrivée de nouveaux acteurs portés par la vague du tout-numérique. Cet échec législatif était prévisible. Si l'Etat veut des chaînes TV et radio fortes, qui défendent haut l'identité nationale, il a dû admettre une réalité commerciale élémentaire: pour exister sur le marché, la SSR doit veiller à défendre ses parts d'audience face à ses concurrents étrangers. Lui demander de se confiner dans des secteurs délaissés ou jugés élitistes comme la culture, voire la politique, c'était la condamner au déclin. Le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, qui n'excluait pas cette hypothèse au début de la consultation, s'est résolu à un simple postulat: garantir un secteur public fort, au sens d'une SSR conservant ses parts de marché. Cet objectif est atteint. A lire la loi, il n'y a pas de place pour des TV et radios «privées» concurrentes, mais un espace pour des diffuseurs complémentaires. La messe est dite.

On aurait pu imaginer un système mixte, un pôle TV financé par la redevance et un pôle financé exclusivement par la publicité, système dual britannique. Mais, à l'évidence, l'étroitesse du marché, l'inexpérience volontaire des éditeurs ont fait obstacle, d'autant plus peut-être que les Suisses sont satisfaits de leur TV et radio. Mais l'avenir n'est pas écrit une fois pour toutes. Dans les prochains mois, on assistera à une explosion de l'offre TV et radio, à l'émergence des émissions thématiques et sans doute à un regroupement des forces, en particulier dans les régions urbaines. Les chaînes de la SSR s'y préparent en fragmentant leur contenu sur la Toile internet, le nouveau nœud de convergence des médias électroniques. Face à cette offre, on peut être certain que la question du service public se posera à nouveau. Car, plus la SSR avance, plus son identité s'émousse. Et, à terme, l'Etat devra se reposer la question fondamentale, souvent éludée: l'offre audiovisuelle a-t-elle encore besoin de son parrain étatique?

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