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Stan et J. K., vers l’infini et au-delà

CHRONIQUE. La disparition de Stan Lee rappelle que, au cinéma, pour avoir du succès, mieux vaut proposer des suites ou des franchises. Ou quand l’originalité ne fait plus recette

En 2009, la nouvelle avait fait sensation: trois ans après avoir absorbé Pixar, et trois ans avant d’engloutir Lucasfilm, les puissants studios Disney rachetaient Marvel Entertainment, paradis des super-héros. Montant de la transaction: 4 milliards de dollars. Alors qu’elle célèbre officiellement ce week-end le 90e anniversaire de Mickey, la compagnie fondée en 1923 préside depuis aux destinées de Thor, Iron Man, Captain America, Hulk, Black Panther, Doctor Strange, Spider-Man et autres Gardiens de la Galaxie. Tout ce beau monde fait partie du Marvel Cinematic Universe, un univers étendu qui permet à Disney de développer à l’envi des récits dans lesquels plusieurs personnages peuvent se croiser, à l’image de la dream team des Avengers, qui est à Marvel ce que l’équipe masculine de basket des JO de 1992 fut au sport américain.

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Cette semaine, Marvel a perdu son père spirituel: Stan Lee, créateur de nombreux personnages clés, visage public de l’éditeur de comics, est décédé à l’âge fort respectable de 95 ans. Mais cela ne va rien changer aux plans quinquennaux que Disney a mis en place pour rentabiliser au maximum son investissement… Jusqu’à ce que, peut-être, les super-héros ne braquent plus le box-office – en 2018, un tiers des recettes mondiales aura été réalisé par trois seuls films, Black Panther, Avengers: Infinity War et Deadpool 2.

A la vingtaine de titres qui ont déjà été réalisés sous le label Marvel Cinematic Universe vont s’ajouter Captain Marvel, Avengers 4 et Spider-Man: Far From Home. Suivront les deuxièmes épisodes de Black Panther et de Doctor Strange, un troisième Gardiens de la Galaxie ainsi qu’un premier Black Widow. Vous avez dit épuisant? Si plusieurs des productions Marvel sont objectivement réussies, cette propension à tirer sur l’élastique jusqu’à sa rupture – «vers l’infini et au-delà», prophétisait déjà en 1995 ce bon vieux Buzz l’Eclair – a de quoi laisser perplexe.

Se rêvant peut-être en Stan Lee, J.K. Rowling a elle aussi imaginé pour le cinéma, à partir de sa saga Harry Potter, un univers étendu. Mais la franchise des Animaux fantastiques tient pour l’heure plus de la machine à cash sans âme que de l’envoûtante féerie. Il en va de même de l’univers Star Wars, qui multiplie les projets parallèles jusqu’à proposer ce printemps, avec Solo: A Star Wars Story, un spin-off insultant pour les fans de la première heure. Et ce n’est pas près de s’arrêter: sur les cinquante plus grands succès de l’histoire du cinéma, moins de dix ne sont ni des suites, ni des titres rattachés à un univers étendu. Vous avez dit effrayant?


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