éditorial

«Star Wars», le beau fossé intergénérationnel

Le rachat de Lucasfilm par les studios Disney annonce un événement aussi attendu que déjà vilipendé: la perspective d’une troisième trilogie de «La Guerre des étoiles» depuis 2015

Derrière le séisme qui ébranle l’industrie du divertissement après l’annonce du rachat de Lucasfilm par les studios Disney, se cache un autre tremblement de terre – ou de planète lointaine, devrait-on dire: la perspective concomitante et totalement inattendue de voir déferler sur nos écrans une troisième trilogie de Star Wars en 2015. Déjà, la deuxième salve de La Guerre des étoiles, tirée sur l’entier du globe et l’espace intergalactique qui l’entoure dès 1999, avait fait hurler puristes et critiques professionnels. Dans cette daube numérisée, où étaient passés l’esprit et l’essence d’une histoire fantastique entamée plus de vingt ans auparavant et qu’on croyait close à tout jamais dans son catafalque esthétique? Mais le succès public fut tout de même au rendez-vous.

Aujourd’hui, cette histoire se répète. Et les fans de la première heure sont pour le moins sceptiques face au flirt de Blanche-Neige avec les droïdes. Ils craignent à nouveau de voir déchoir ce qui les avait fait rêver des années durant, après qu’ils eurent découvert la saga du clan Skywalker comme public cible de l’époque: les 15-25 ans, pour faire vite.

C’est mal accepter que l’on puisse toucher à un tabou: celui d’une scandaleuse et/ou ridicule destruction des idoles. C’est mal accepter que le génie de cette guerre interstellaire ait su ignorer les frontières intergénérationnelles en jouant sur les progrès techniques du cinéma. C’est refuser la perspective de passionnantes discussions au cœur des noyaux familiaux, où parents comme enfants peuvent trouver leur bonheur, voire la passion.

Depuis trente-cinq ans – une exposition des jouets Star Wars au Musée des arts décoratifs de Paris en témoigne actuellement –, cette guerre interstellaire fascine. Car elle repose sur un manichéisme quasi immuable depuis la nuit des temps: celui des deux côtés de la Force, le lumineux et l’obscur. Ancestral schéma anthropologique et religieux, le bien, le mal.

On nous rétorquera que tout cela n’est en fait que juteux business, avec une abondance de produits dérivés, bandes dessinées, romans, figurines et autres conventions, où d’indécrottables Dark Vador côtoient des personnages mythifiés jusqu’à la moelle par l’industrie du divertissement. Laquelle s’y connaît en matière de rentabilité – c’est peu dire.

Reste qu’on peut parier sur une chose: la rumeur a trois ans pour faire son travail. Et les spectateurs dits «naïfs» auront, une fois de plus, le dernier mot. Car ce rêve-là n’est pas terminé, et on peut le trouver beau.

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