Ils sont jeunes, riches, célèbres et, depuis quelques jours, ils se mobilisent pour la cause des Rohingyas. Basés dans un camp de réfugiés au Bangladesh, Jérôme Jarre, Omar Sy, DJ Snake, Jhon Rachid ou encore le youtubeur suisse Le Grand JD racontent l’horreur. En direct, la #LoveArmy twitte, filme et tente par tous les moyens d’alerter l’opinion publique sur la crise humanitaire en cours, allant jusqu’à interpeller le président turc Recep Tayyip Erdogan. La campagne de dons en ligne a déjà permis de récolter plus de 800 000 dollars en 48 heures.

A l’origine de l’initiative, la star des réseaux sociaux Jérôme Jarre, 1,6 million d’abonnés sur Twitter, qui a recruté nombre de personnalités publiques et autres influenceurs pour diffuser son message. Et le jeune Français, qui s’est fait connaître grâce à ses vidéos humoristiques sur Vine, n’en est pas à son coup d’essai. En mars dernier, il avait déjà récolté plus de 2,4 millions de dollars pour lutter contre la famine en Somalie et négocié un accord avec Turkish Airlines pour affréter 60 tonnes de vivres.

Les nouveaux philanthropes?

Les youtubeurs sont-ils devenus les nouveaux philanthropes? Si beaucoup saluent l’énorme élan de solidarité, d’autres restent sceptiques quant aux réelles motivations des stars. Cherchent-elles à faire le buzz ou à s’acheter une image de héros?

«S’ils ne jouent pas le jeu, alors ce sera à nous de le faire! Donnez si vous pouvez et faites tourner»: la collecte de fonds s’est ouverte lundi par ce tweet de Jérôme Jarre, partagé plus de 19 000 fois. Omar Sy renchérit: «Si chacun d’entre nous donne même 1 euro sur cette cagnotte, nous pouvons sauver le peuple rohingya.»  

Sur les réseaux, les internautes sont majoritairement conquis et les hashtags #LoveArmyforRohingya ou encore #YoutubeHelpRohingya caracolent en tête des tendances. @aieverresonne va jusqu’à réclamer qu’on attribue le Prix Nobel de la paix à Jérôme Jarre. «Essayons de changer le monde à notre échelle… et qu’elle soit la plus grande possible!» exhorte encore l’actrice Adèle Castillon. De Matt Pokora à Oxmo Puchino, en passant par Cyprien et le footballeur américain Jermaine Jones, le mouvement ratisse large. Le proverbe «Celui qui sauve une vie sauve l’humanité entière» revient en boucle sur Twitter.

«Bénévoles anonymes»

Certains internautes demeurent toutefois prudents. «Je respecte énormément le travail de Jérôme Jarre, mais sa starification me dérange. Premièrement, c’est injuste pour les centaines de bénévoles anonymes, mais surtout ça fait croire que le problème des Rohingyas est uniquement humanitaire», souligne @_Benyou. L’interpellation du président turc est aussi mal perçue. «Pour ceux qui n’étaient pas sur Twitter il y a six mois, l’histoire d’amour entre Erdogan et Jérôme Jarre a commencé en mars quand il a lancé la Love Army pour aider la Somalie avec des avions Turkish Airlines», rappelle @JeanSeb. Le siteSlate.fr avait d'ailleurs lourdement critiqué cette première opération en Afrique.  

Comment ces initiatives privées sont-elles perçues par les ONG officielles? Pour Ewan Watson, chef des relations publiques au CICR, les besoins sont si énormes au Bangladesh que toute aide est bienvenue. «Nous sommes en revanche attentifs au principe d’impartialité, l’aide doit bénéficier aux personnes les plus vulnérables.» Dans une vidéo, Jérôme Jarre affirme qu’il restera «sur place pendant plusieurs semaines pour être sûr que les fonds iront directement dans les mains des réfugiés».

«One shot» ou lame de fond?

Malgré les critiques, la #LoveArmy peut compter sur le soutien fidèle des internautes: «Quand Internet te permet d’aider une cause humanitaire avec simplement un tweet et quelques hashtags, il n’y a aucune hésitation à avoir en venant contribuer à tout ça», estime @Tilah. «Les détracteurs de Jérôme Jarre qui râlent malgré tout ce qu’il fait… Même si demain il éradique la faim dans le monde ils vont dire: «Mouais, il aurait pu le faire plus tôt quand même vu son influence!» lance encore @PrinceJerundio.

Ce n’est bien sûr pas la première fois que des célébrités engagent leur notoriété en faveur d’une cause, mais avec l’avènement des réseaux sociaux, leur force de frappe est démultipliée, particulièrement auprès des jeunes. La vague de solidarité ne cesse pour l’instant de grandir. S’agira-t-il d’un one shot ou d’une lame de fond?