Il était une fois

Statistiquement, les Français ont élu un fils

La foule française s’est donné un président record. Exercice de biopolitique par notre notre chroniqueuse Joëlle Kuntz

Pour la première fois sous la Ve République, et peut-être sous la République tout court, les Français, qui élisaient des pères ou des grands-pères, ont élu un fils. Un sang neuf au vrai sens du terme.

La foule française s’est donné un président record. Record d’âge, record d’audace, record de résultat électoral. Il faut ajouter, même si c’est tabou, record de beauté. Emmanuel Macron est le plus beau président de la Ve République. D’une beauté lisse, conventionnelle, rassurante. Est-ce que ça compte? On ne le sait pas car aucun sondage ne pose de question sur le physique d’un candidat, ce n’est pas correct. Ce que chacun lit dans un visage ou un corps présidentiels reste au secret de l’intime, partageable tout au plus entre amis. Je ne m’aventure donc pas davantage sur le sujet.

La jeunesse de Macron est une nouveauté dans la Ve, toujours présidée par des pères et des grands-pères. Valéry Giscard d’Estaing, considéré comme jeune en 1974, avait 48 ans, presque dix ans de plus que l’actuel vainqueur. C’est donc plutôt un fils que les Français ont élu, un fils gonflé, capable de séduire et d’épouser son prof. L’image est parlante: audace, beauté, séduction. Le moment Obama de la France. (On supplie qu’il ne soit pas suivi d’un moment Trump.)

Comme Achille avant la guerre de Troie

L’âge importe. Non seulement pour les réserves d’énergie qu’il représente, plus ou moins épuisées selon les années. Mais surtout pour le positionnement social qu’il déclenche. On ne se situe pas de la même manière devant une personne jeune ou vieille. On n’en attend pas la même chose. On ne lui applique pas les mêmes critères de jugement.

Les électeurs de 60 ans et plus sont plus nombreux à avoir choisi Macron (70%) que ceux de la tranche d’âge 35-49 ans (57%). Les 70 ans et plus l’ont élu à 78%. Proportionnellement, Macron a plus d’adhésion dans la génération de ses pères que dans sa propre cohorte d’âge.

Statistiquement, les Français ont élu un fils.

Comme tous les fils, Macron a sa vie devant lui. C’est Achille avant la guerre de Troie. Il n’était pas sitôt élu dimanche que les commentateurs se livraient tous ensemble à l’exposé homérique des épreuves à venir. Un chœur grec de tragédie. Je ne me souviens pas qu’ils en aient fait autant en 2002 lorsque Jacques Chirac s’est retrouvé à l’Elysée avec des voix tombées du ciel. Personne n’avait eu peur pour lui. On n’a pas peur d’un vieux monsieur qui promet de tout arranger. Tandis qu’on brûle d’inquiétude pour Macron qui prend sur lui d’arranger ce que ni Chirac ni Hollande n’ont arrangé.

«A nous deux la complexité»

Les augures se consultent. Les nouvelles d’Allemagne sont mauvaises: le Parti social-démocrate, avec lequel le nouveau président pouvait espérer réformer et solidifier l’Eurozone, subit au Schleswig-Holstein sa deuxième défaite électorale après celle de la Sarre. L’hypothèse d’une alliance réformatrice franco-allemande s’éloigne. Angela Merkel, en route pour le renouvellement de son quatrième mandat de Mère allemande, défend sa maison à l’ancienne, avec des convictions européennes mais sans optimisme pour une meilleure Europe. La jeunesse de son nouveau partenaire, avec ce qu’elle porte d’élan, peut-elle contribuer à bouger les lignes? On raconte que François Ier, arrivant à Milan après la victoire de Marignan, séduisit une société hostile par sa jeunesse, son charme et sa beauté. Macron emportera-t-il les Allemands comme d’autres jeunes beaux de l’histoire, les Kennedy ou Obama?

Les nouvelles de France sont complexes, mais comme dirait l’élu, «à nous deux la complexité». Comment réagira-t-il à l’adversité? Pendant combien de temps les commentateurs politiques qui ont perdu leur jeunesse lui feront-ils grâce de la sienne? Quel rôle jouent les corps dans la bataille des idées? Le sang neuf du président peut-il régénérer celui de la France? La biologie imprègne la rhétorique la politique.

Il existe en Australie une araignée-paon minuscule dont le mâle, s’il ne veut pas être dévoré, doit effectuer sa parade de séduction à la perfection. Quand il réussit, le déploiement spectaculaire de ses couleurs est assuré de continuer à embellir l’espèce.


Consulter notre dossier dédié à l'élection présidentielle française.

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