C’est le paradoxe de la démocratie suisse. Le statu quo est un changement. Certes, le décompte des sièges n’a pas changé avec la réélection confortable d’Eveline Widmer-Schlumpf et l’entrée au Conseil fédéral du socialiste fribourgeois Alain Berset. Politiquement, la fameuse concordance fait pourtant une victime, l’UDC. On s’y attendait, après les innombrables sottises commises par la direction de la plus grande formation politique, incapable de présenter des candidats incontestés, et surtout la déroute spectaculaire de son poulain Bruno Zuppiger. Hier, l’UDC a donné d’elle-même une image de poulet sans tête, lançant Jean-François Rime dans un combat pathétique et perdu d’avance. En janvier prochain, l’UDC en tirera ses conclusions, décidera souverainement de rester ou non au gouvernement, de poursuivre une politique d’opposition ciblée ou systématique.

Le refus d’accorder à l’UDC un second siège aura donc des conséquences concrètes, en particulier dans le jeu des alliances au sein de la droite. Les radicaux, qui respirent un peu mieux, ont été blessés par la tactique d’une UDC imposant ses ambitions, n’admettant aucun engagement qui l’empêche de se placer en opposante devant le peuple, érigé en pouvoir absolu.

Même s’il est abusif d’imaginer un déplacement du centre de gravité du Conseil fédéral (Eveline Widmer-Schlumpf appartient à la droite conservatrice), l’émiettement du centre rendra plus difficile l’établissement de majorités claires au parlement.

Les relations se durcissent mais se clarifient aussi. C’est sans doute plus sain. Le refus des apparentements électoraux des radicaux avec l’UDC a sans doute été la première étape d’une lente émancipation avec un parti fort mais entêté jusqu’à la défaite.

Les libéraux-radicaux pourront-ils reprendre leur place, forger des compromis, assumer un rôle de leader qu’ils ont perdu, à force d’hésiter à défendre une ligne?

Au fond, le statu quo est un tournant qui peut renforcer ou rendre plus instable un système dans un contexte économique qui s’annonce à hauts risques. La responsabilité de ceux qui ont préféré le statu quo se défend mais elle est exigeante pour tous, y compris pour la gauche et le centre.

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L’élection d’Alain Berset récompense une carrière brillante et exemplaire. Elle est fidèle aux traditions de ce pays. L’échec de Pierre-Yves Maillard sanctionne, lui, trop durement un homme dont tout le monde reconnaît l’envergure et la classe.