Débat

Stratégie énergétique 2050: osons changer de paradigme

Charles Weinmann, Dominique Bourg et Sophie Swaton proposent la tarification progressive et dynamique de l’électricité dont le principe consiste à faire payer le kWh au consommateur en fonction de sa consommation en s’appuyant sur la nouvelle stratégie du Conseil fédéral

La loi sur la stratégie énergétique n’est pas seulement une loi suisse, elle constitue plutôt la contribution helvétique à un effort international de transition énergétique. L’an dernier, ce sont en effet 160 gigawatts (GW) de nouvelles capacités de production d’électricité renouvelable qui ont été installées dans le monde, un record. Refuser de voter le projet de loi reviendrait à se mettre en marge de l’effort global de lutte contre le changement climatique, et à continuer de dissiper chaque année en fumée des milliards de francs d’achats pétroliers. La sanction des marchés finirait par s’abattre sur un pays et ses industriels embourbés dans un système énergétique d’un autre temps. En l’occurrence l’économie, la morale et l’écologie convergent.

D’aucuns prétexteront pour l’inaction que le surcoût d’une telle loi sur le budget d’un ménage de quatre personnes s’élèverait à 3200 francs. Nous savons que l’époque est aux fake news, mais ce chiffre est totalement infondé. Selon la loi sur l’énergie, seul l’article 35 alinéa 3 mentionne un supplément de 2,3 ct/kWh d’électricité, soit 0,8 centimes de plus par rapport aux 1,5 qui existent déjà. Pour un ménage moyen consommant 4000 kWh par an, cela correspond à un supplément de 32 francs par an. La loi sur laquelle nous devons voter ne comporte aucune autre indication tarifaire. Quant au montant de la taxe CO2, il n’intervient pas ici puisqu’il fait déjà l’objet de la loi sur le CO2.

L’exemple californien

Refuser la loi de stratégie énergétique, c’est accepter de continuer à payer plus de cinq milliards de francs par année pour l’énergie que la Suisse importe. En 2015, la Suisse a importé 584 000 TJ soit 162 000 GWh de produits pétroliers, ce qui correspond, en se fondant sur un prix moyen de 50 $ par baril, à cinq milliards de francs importés, grevant chaque année la balance commerciale nationale. Avec une population de 8 millions d’habitants, cela équivaut à un coût moyen de 600 francs par habitant, soit 2400 francs par famille. C’est le coût actuel de notre dépendance énergétique qui, si on ne fait rien, ne pourra qu’augmenter.

Les principaux défauts de la stratégie 2050 ont déjà été supprimés, même s’il subsiste des imperfections

Au-delà de la loi, nous souhaitons ici attirer l’attention sur l’existence d’un outil qui a fait ses preuves sur plusieurs territoires dont la Californie. Il s’agit de la tarification progressive et dynamique de l’électricité dont le principe consiste à faire payer le kWh au consommateur en fonction de sa consommation. Le but est que le prix du kWh diminue pour ceux qui ont un comportement économe, et qu’il augmente pour les gaspilleurs, le prix moyen restant neutre. Autrement dit, plus l’on consomme, plus le prix du kWh augmente; inversement, moins on consomme, et plus le prix du kWh diminue. A titre d’exemple, en Californie, près de trente ans après l’introduction du dispositif, la consommation moyenne d’électricité des ménages de cet Etat est près de deux fois inférieures à celle des Américains pris dans leur ensemble.

Défauts déjà supprimés

Cet outil prend donc le contre-pied de la tarification dégressive actuelle qui procure un rabais en fonction de la quantité consommée, favorisant ainsi la surconsommation. Et pour la mise en place d’un tel système, il faut définir des consommations par unité de prestation fournie (par exemple par mètre carré chauffé, par personne, par lit d’hôpital ou par hectolitre de bière, etc.), pour ne pas pénaliser les grandes entreprises ou les familles nombreuses.

La faisabilité légale et technique du dispositif de tarification dynamique et progressive peut en Suisse sembler difficile et compliquée. Elle nécessite en effet une adaptation du dispositif dans le temps. Mais nos recherches révèlent des pistes possibles, acceptables légalement, et souhaitables économiquement et socialement. La loi sur l’énergie sur laquelle nous devons voter permettrait de mettre en marche les mécanismes nécessaires à l’évolution de la situation actuelle. Il faut oser changer de paradigme.

Les principaux défauts de la stratégie 2050 ont déjà été supprimés, même s’il subsiste des imperfections. En votant non, on introduirait, au mieux, un retard de deux ans dans l’élaboration d’une nouvelle loi; or la situation nous impose des actions urgentes. Pour faire face à l’avenir énergétique et pour maintenir le dynamisme des recherches, il faut voter oui.

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