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Parc éolien du Mont-Crosin à Saint-Imier, mai 2017.
© Valentin Flauraud/Keystone

Opinion

Stratégie énergétique, une atteinte inutile à la nature

Pour Philippe Roch, l’ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement, la Stratégie 2050 aboutira à un monstre bureaucratique

Par sa Stratégie 2050, le Conseil fédéral donne la direction à suivre pour notre avenir énergétique. Malheureusement, le projet de loi censé la réaliser, soumis en votation le 21 mai, porte sans nécessité une atteinte majeure à la nature et au paysage (art. 12, 13). Il faut le renvoyer à ses auteurs pour qu’ils corrigent cette anomalie.

La stratégie du Conseil fédéral prévoit une contribution de 4,3 TWh (térawattheures) d’électricité éolienne sur les 57,6 que nous devrions consommer en 2015. Pour pouvoir imposer la construction des mille éoliennes nécessaires à cette production, le projet de loi crée un intérêt national pour les installations de production d’énergie renouvelable, pour leur donner a priori autant de poids que la nature et le paysage, affaiblissant ainsi la protection des derniers beaux paysages inscrits à l’inventaire fédéral (IFP).

Intérêt public et intérêt national

La nature et le paysage sont les grands perdants de notre mode de développement; c’est grâce à l’appui du public (initiative de Rothenthurm, initiative contre la prolifération des résidences secondaires) que les derniers beaux paysages du pays ont pu être protégés. Il serait paradoxal qu’ils fassent les frais d’une politique énergétique prétendue écologique. Favoriser ainsi la construction d’éoliennes géantes va rapidement créer une dérive et favoriser des projets mal préparés et mal justifiés, non rentables, qui conduiront à d’interminables et coûteux conflits.

Il y a de la place pour quelques parcs éoliens bien choisis, mais pas pour mille éoliennes réparties dans nos plus beaux paysages

L’intérêt public d’une politique ne doit pas signifier que chaque installation d’une certaine taille soit d’intérêt national. L’intérêt national ne réside pas dans la construction imprudente et mal préparée d’installations, mais dans une politique concertée, qui donne la priorité à la production d’énergie là où elle est particulièrement efficace, avec un minimum d’impacts sur la nature, le paysage et la population. Dans ce cadre, il y a aussi de la place pour quelques parcs éoliens bien choisis, mais pas pour mille éoliennes réparties dans nos plus beaux paysages comme le permet le projet de loi.

Si nous reprenons les prévisions du Conseil fédéral, nous constatons qu’il serait possible de remplacer la part de l’éolien (4,3 TWh) par une augmentation de la part du solaire, prévu pour 11,5 TWh, car le potentiel du solaire est considérable et sans dommage à la nature.

Eolienne et impact sur la faune

L’article 14 du projet de loi restreint le temps disponible pour faire la pesée des intérêts entre la construction d’une installation de production d’énergie renouvelable, la protection de la nature et le respect des habitants voisins. L’impact des éoliennes sur le paysage est majeur. Il s’agit de très grandes installations industrielles de plus de 200 mètres de hauteur qui n’ont rien à faire dans des paysages protégés. Il est essentiel que la pesée des intérêts soit faite par des instances indépendantes (Commission fédérale pour la protection de la nature et du paysage et administration fédérale). L’évaluation de ces impacts demande du temps, surtout quand les projets sont mal préparés. Dans la pesée d’intérêts, il faut faire preuve d’une grande rigueur quant à la production d’énergie projetée (presque toujours surévaluée dans le domaine de l’éolien, par exemple au Nüfenen, qui ne produit que 2/3 de ce qui était annoncé) et aux impacts sur le paysage, les oiseaux et les chauves-souris. L’impact sur la faune est très difficile à déterminer et chaque installation doit faire l’objet d’une évaluation appliquée au cas particulier. La très sérieuse station ornithologique de Sempach reste très réservée sur ce sujet, et personne ne peut affirmer d’emblée: «Il n’y a pas de danger pour les oiseaux.» Le délai de 3 mois prévu par la loi pour ces évaluations est inadapté à la complexité des enjeux. Ce n’est pas sérieux.

Il ne faut pas oublier que les paysages d’importance nationale ne couvrent qu’une faible partie du territoire suisse et qu’ils sont les derniers garants de la beauté exceptionnelle de notre pays.

Par ailleurs, pour imposer ses objectifs trop optimistes, le projet de loi prévoit un ensemble compliqué de mesures qui engendreront un monstre bureaucratique et inefficace. Lisez quelques articles du projet que vous avez reçu dans vos boîtes aux lettres pour vous faire vous-même une idée, par exemple les articles 29, 30.

Il faut rejeter ce projet de loi car on ne peut pas faire une bonne écologie contre la nature.

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© Gabioud Simon (gam)