Opinion 

Stratégie énergétique, que valent les plans B?

Critiquer la Stratégie énergétique du Conseil fédéral en lui reprochant de faire partiellement et temporairement recours aux importations pour remplacer le courant nucléaire est non seulement absurde, mais aussi très hypocrite, estime le conseiller national (PS/VD) Roger Nordmann

Lors de votation populaire, l’une des tactiques classiques pour défendre un projet consiste à nier l’existence ou même la possibilité d’un plan B. S’agissant de la Stratégie énergétique 2050, il est pourtant intéressant d’identifier les éventuelles alternatives, puis de les évaluer.

Le plan soumis au peuple le 21 mai 2017 consiste à remplacer progressivement la production nucléaire par de l’électricité renouvelable indigène, en investissant dans des installations existantes ou nouvelles. Il incite à améliorer le rendement des appareils électriques. Enfin, et c’est là le plus grand levier quantitatif, le projet augmente sensiblement les efforts pour gagner en efficacité dans l’usage des énergies fossiles. Il s’agit en particulier de réduire les émissions des voitures par km et d’accélérer l’assainissement des bâtiments.

Si ce dispositif devait être rejeté, trois pistes alternatives sont envisageables pour assurer l’approvisionnement électrique.

Un tout nucléaire indéfendable

Le premier plan B consisterait à construire de nouvelles centrales nucléaires pour remplacer les anciennes. Concrètement, il est douteux que les centrales de remplacement puissent être mises en service à temps, vu la longueur des procédures et la complexité de la construction. Par conséquent, nous devrions temporairement importer l’intégralité de l’électricité actuellement fournie par les centrales existantes. On rappellera ici que les centrales atomiques suisses ont toute largement dépassé la moitié de leur durée d’exploitation, et que la première sera arrêtée en 2019. Leur disponibilité se réduit, comme le montrent les arrêts non planifiés de Beznau depuis 2 ans et de Leibstadt pendant tout l’hiver dernier.

D’autre part, vu les risques de cette technologie et le problème totalement irrésolu des déchets nucléaires, cette stratégie est indéfendable pour la sécurité des habitants. Un tel projet n’aurait d’ailleurs pratiquement aucune chance d’être accepté en référendum. Mais, avant même une hypothétique votation, l’inconvénient majeur est d’ordre économique: l’explosion des coûts du nucléaire pour la construction, la déconstruction, l’élimination des déchets devient un obstacle insurmontable. Comme le montrent les exemples anglais et français, il faut un soutien massif de l’État pour que de nouvelles constructions démarrent. Et malgré des garanties tarifaires supérieures à celles octroyées aux énergies renouvelables, leur aboutissement reste très incertain. La récente mise en faillite de Westinghouse, constructeur américain de réacteur atomique, en apporte une confirmation supplémentaire.

Charbon et dépendance

La deuxième alternative serait de construire des centrales à gaz, ou éventuellement à charbon, pour remplacer l’intégralité de la production nucléaire. Clairement, cette option tiendrait de l’hérésie climatique. Et si elle peut satisfaire un Donald Trump, elle paraît irresponsable. De surcroît, elle augmenterait encore une dépendance de la Suisse aux importations fossiles déjà forte. En termes de coût et de fiabilité, les risques seraient donc considérables.

La troisième solution consiste à remplacer le courant nucléaire par de l’électricité importée. Au plan technique, cette alternative est praticable, du moins à court terme. Cet hiver, elle a déjà été appliquée sans grande difficulté pour remplacer la moitié de la production manquante d’énergie nucléaire. Toutefois, cette nouvelle dépendance viendrait s’ajouter aux quelque 65% des besoins que nous couvrons déjà par du pétrole gaz, eux aussi entièrement importés. Le risque stratégique deviendrait donc extrêmement important, en matière de sécurité d’approvisionnement et de prix.

Tradition suisse

Vu la quasi-impossibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires et les problèmes climatiques, un «non» le 21 mai conduirait donc directement au troisième plan B, à savoir une augmentation drastique des importations. Ainsi, critiquer la Stratégie énergétique en lui reprochant de faire partiellement et temporairement recours aux importations pour remplacer le courant nucléaire est non seulement absurde, mais aussi très hypocrite. C’est en effet le «oui» qui réduit la dépendance aux importations, en développant la production indigène.

Au final, le dispositif proposé par le Conseil fédéral et adopté par le Parlement mérite d’être soutenu. En investissant dans l’hydraulique, nos prédécesseurs nous ont légué un outil remarquable. Leur démarche mérite maintenant d’être poursuivie et élargie aux nouvelles énergies renouvelables. Contrairement à l’uranium, au gaz et au pétrole, l’énergie primaire renouvelable arrive gratuitement sur notre territoire. Il s’agit donc de récolter le vent, l’eau, le soleil et la chaleur du sous-sol en investissant dans les installations adéquates. Et de redoubler d’efforts en matière d’efficacité. Un tel défi s’inscrit parfaitement dans la capacité d’action et la tradition culturelle de la Suisse.

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