Trop beau. L’image est tellement sidérante, si surréelle qu’elle paraît fausse, ou bidouillée. «On croirait à un photomontage tant l’image est fascinante», dit TF1. Et pourtant, elle est bien vraie. Ces deux sphères parfaites, la Terre, et son satellite au premier plan, la Lune, sont soudain apparues dans une autre sphère, celle de l’information virale, cette semaine. «Bien vrai»? En réalité, sur cette image, la Lune semble 2,7 fois plus petite que la Terre, alors que, dans la réalité, elle l’est 3,7 fois – 3476 km de diamètre équatorial contre 12 756 km pour la Terre.

C’est un satellite de la Nasa, le Deep Space Climate Observatory (DSCOVR), qui a réalisé cette prise de vue inédite, somptueuse comme l’antique, à 1,6 million de kilomètres de la Terre, au point Lagrange L1, cette position de l’espace où les champs de gravité de deux corps en orbite l’un autour de l’autre, et de masses substantielles, fournissent exactement la force centripète requise pour qu’il accompagne simultanément l’orbite des deux corps. Si vous n’avez pas tout compris, révisez les écrits de Joseph Louis, comte de Lagrange (en italien Giuseppe Ludovico De la Grange Tournier), né à Turin en 1736 et mort à Paris en 1813, mathématicien, mécanicien et astronome italien.

Dans la foulée de Pink Floyd

Mais peu importe. A cet endroit précis, l’angle de vue est idéal pour capturer «de magnifiques images de la planète bleue», comme l’explique Courrier international. «Celles diffusées par la Nasa […] permettent d’observer la Lune orbiter autour de la Terre et révèlent le «côté obscur» de notre satellite naturel, totalement éclairé à ce moment-là.»

C’est aussi cela qui est fascinant, puisque sur la Terre, nous voyons toujours la même face lunaire, notre satellite tournant sur lui-même dans le même temps qu’il tourne autour de notre planète. DSCOVR, en quelque sorte, voit donc «la scène de l’extérieur», avec cet aperçu de la face habituellement cachée de cette bonne vieille Lune. Dans son communiqué, la Nasa rappelle que l’humanité ne l’avait jamais vue, cette face cachée, la fameuse Dark side of the moon sublimée par Pink Floyd, avant 1959: c’est cette année-là «que Luna 3, une sonde soviétique. a pu capturer les premières photos», écrit Le Huffington Post.

Sur le site de la Nasa, une animation accélérée montre aussi son passage devant la Terre, «photographié par la caméra qui équipe le satellite», l’Earth Polychromatic Imaging Camera (EPIC), écrit Le Monde. D’ailleurs, «le satellite doit capturer ce genre d’images deux fois par an, et de nouvelles photos de DSCOVR son attendues le mois prochain», ajoute Popular Science. Et le quotidien français d’admirer la séquence, «d’autant plus belle et spectaculaire qu’elle fait écho au portrait que nous venons d’admirer de l’autre «planète double» formée par Pluton et Charon aux confins du Système solaire» (photo Nasa/Jhuapl/Swri):

«Incroyable», «extraordinaire», «époustouflant», «inédit»… Les titres de la presse ne tarissent pas d’éloges pour ces nouvelles photos, à l’heure où, précise 20 Minutes France, les «corps célestes pullulent sur Internet» et que «trop souvent, il ne s’agit que de vulgaires montages Photoshop – ou de belles œuvres d’art». Le président Obama les a lui-même commentées sur Twitter:

«L’ingéniosité américaine au travail!» dit donc la Maison-Blanche. Car «pour obtenir une photographie en couleur», explique le site Maxisciences, «la Nasa a dû combiner trois images capturées à 30 secondes d’intervalle. L’opération a été répétée à plusieurs reprises de manière à produire des vues couvrant intégralement» le phénomène. Ce phénoménal phénomène…

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